par le Docteur Abdelhak BAKHAT
Quand on suit de près le dossier du Sahara Marocain et les développements de ce conflit factice qui dure depuis bientôt un demi-siècle, on doit nécessairement s’interroger sur les causes qui animent négativement les dirigeants algériens, au détriment des intérêts leur propre pays, les poussant à couver une animosité maladive contre le Royaume voisin du Maroc.
Cette animosité s’est amplifiée au fil du temps entre les deux pays et les deux peuples que tout rapproche et unit pourtant : la géographie, l’histoire, la religion, la langue, la culture et des liens du sang.
Cette haine hypothèque aussi l’avenir de toute la région maghrébine.
En analysant, de façon objective, les griefs formulés par l’Algérie à l’encontre du Maroc, on se rend compte que le régime algérien fait une fixation sur le Royaume comme étant l’ennemi à abattre, essayant d’en convaincre des citoyens algériens et une opinion internationale minoritaire. Or, d’un côté comme de l’autre, peu de gens sont tombés sous la coupe de la propagande anti-marocaine nourrie par des médias à la merci des dirigeants du pays.
Pour comprendre cette haine qui relève du psychisme, il faut savoir que la toute récente identité algérienne s’est forgée en totale contradiction avec un Maroc à la Monarchie séculaire.
En effet, les hauts gradés de l’armée nationale populaire algérienne et les décideurs de ce nouveau pays, à peine sortis de sous le joug du colonialisme français, certes auréolés par une héroïque guerre de libération ayant fait un million de martyrs, à laquelle a largement contribué le Maroc ; grisés par d’importantes ressources du sous-sol, sont arrivés au pouvoir sans véritable formation politique ni assises diplomatiques et se sont attachés à construire leur nouveau nationalisme révolutionnaire, se prenant pour les maîtres du monde.
Pour démontrer leur force, ils devaient trouver un ennemi et se sont tournés pour mordre la main qui leur était tendue, celle du Maroc voisin séculaire, pacifique et diplomatique qui représentait à leur yeux la cible parfaite, antithèse du pouvoir révolutionnaire qu’ils voulaient construire dans une nation naissante, à côté d’une Monarchie solidement ancrée dans la société, et jouissant d’une légitimation religieuse et historique ; choses qui font défaut aux « révolutionnaires » algériens qui ignoraient ce genre de langage au lendemain de la naissance d’une Algérie fabriquée par le colonialisme.
Ce complexe avait poussé le président Houari Boumediene de déclarer dans l’un de ses discours que « La monarchie marocaine représentait un danger pour la révolution algérienne ! ». A se demander comment et pourquoi ?
Depuis 1962, date de l’indépendance de leur pays, les dirigeants algériens se sont toujours montrés négatifs, subjectifs, vindicatifs et agressifs, d’une part avec l’ancien colonisateur et d’autre part avec leurs voisins maghrébins, en particulier avec le Maroc. Ils n’ont jamais été capables de tourner la page et d’entretenir des relations sereines avec la France et le Maroc. D’où les tensions et les crises à répétition qui ont toujours caractérisé leurs relations avec ces deux pays.
En fait, l’Algérie souffre de deux complexes : le complexe du colonisé et un complexe d’infériorité.
En effet, plus qu’une domination politique, économique et culturelle qui a duré presque un siècle et demi, l’invasion et la colonisation française furent un choc moral qui provoqua chez la population algérienne une profonde amertume et un sentiment de frustration et d’infériorité.
D’ailleurs, l’Algérie n’a jamais disposé d’elle-même. Elle a toujours été sous la tutelle étrangère. Considérée comme une éternelle mineure, plusieurs peuplades ont décidé de son sort. Ainsi, elle a dû subir le joug des Romains, des Turcs et par la suite, celui des Français qui ont achevé de la mutiler. Le passé de l’Algérie a toujours été un passé éclaté, bousculé, écartelé par l’Histoire. Ils ne sont en fait que des parvenus de l’Histoire. Ce pays n’a jamais existé. Au mieux, il fut une dépendance turque, une suite de Beylicats. Il était un monde d’anarchie. Il n’y a pas d’Histoire de l’Algérie. Le président français Emmanuel Macron ne l’a-t-il pas rappelé publiquement tout récemment, ce qui a failli créer un incident diplomatique entre les deux pays. Sauf que les dirigeants algériens n’auront jamais l’audace ni le courage d’aller jusque-là avec la France.
Ces dirigeants souffrent de paranoïa et, à force de croire qu’ils sont persécutés, ils ont fini par devenir persécuteurs. C’est ce qui explique le régime dictatorial mis en place par la junte militaire au pouvoir ainsi que les rêves de « grandeur, d’hégémonie et de leadership de la république algérienne » qui ressortent fréquemment aujourd’hui encore dans les propos du président Tebboune.
Tout observateur de la réalité algérienne est en mesure de voir que la situation dans ce pays n’est pas normale. Elle est le fruit d’une politique concertée et d’une dictature militaire déguisée qui vise à brouiller les pistes et à maintenir le peuple dans la servitude et dans la dépendance. De nombreux opposants algériens ont été éliminés, ou vivent en exil, loin de leur pays parce qu’ils estiment que la révolution a été trahie, la mémoire des mrtyrs souillée, le socialisme corrompu, le peuple encore une fois mystifié et asservi par ceux qui lui avaient promis la liberté, la dignité et la prospérité.
Le deuxième complexe algérien s’affiche vis-à-vis du Maroc, pays ayant une Histoire qui s’étale sur douze siècles au cours desquels se sont succédés des dynasties et des Rois qui ont fait la grandeur du Royaume chérifien, ce qui est loin d’être le cas de l’Algérie qui n’a jamais été un Etat ni une nation au sens propre du terme.
Les dirigeants algériens ont de tout temps envié aux Rois du Maroc leur Aura et le prestige considérable dont ils jouissent, non seulement auprès du Peuple Marocain, mais aussi auprès des grands de ce monde et des autres nations, au point qu’ à la question suivante posée, un jour, par un journaliste de la chaîne de télévision Dubai au président Bouteflika quelques mois après son investiture (1999-2000) : « Monsieur le président, selon vous, quel régime politique conviendrait le mieux à l’Algérie ? » Bouteflika a répondu sans hésitation : « La Monarchie ! ».
Ceci montre que les dirigeants algériens sont fascinés par le Régime Marocain et qu’ils ne sont pas à une contradiction près laissant un grand écart entre ce qu’ils disent et ce qu’ils pensent vraiment.
D’autre part, outre leur complexe d’infériorité, les dirigeants algériens couvent un sentiment de vengeance du Maroc.
En Octobre 1963, un bref conflit armé oppose les armées marocaine et algérienne. C’est la guerre des Sables. En cause, les territoires du Sahara, autour de Tindouf que la France a annexés à sa colonie algérienne et que l’Algérie indépendante refuse de rétrocéder au Maroc en avançant, comme argument, le principe de « l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation ». Le climat s’envenime alors entre les deux pays à propos de la délimitation de leurs frontières.
Ainsi, le 8 Octobre 1963, c’est Alger qui a déclenché les hostilités : l’armée nationale populaire attaque les forces armées royales à Hassi Beida. Les combats cesseront le 4 Novembre suivant.
Cette guerre des Sables est hautement gagnée par Rabat, même si le Maroc n’a pas réussi à récupérer les territoires qui lui appartenaient et qui avaient été annexés par la France à l’Algérie.
Vient ensuite l’affaire du Sahara Marocain.
Les Algériens se sont toujours sentis frustrés de ne pas avoir un accès sur l’Océan Atlantique comme c’est le cas pour le Maroc. Ils comptaient récupérer le Sahara espagnol de l’époque pour traverser le sud marocain et parvenir au littoral atlantique, isolant du même coup le royaume du Maroc en le coupant de ses racines africaines. Mais le Maroc les prend de court, le 6 novembre 1975, avec sa glorieuse Marche Verte historique vers ses provinces du Sud aussitôt récupérées de façon intelligente et pacifique.
Le 28 Novembre 1975, suite aux accords de Madrid, les Marocains pénètrent à Smara. Le 11 décembre, les FAR font leur entrée à Laayoune, puis le 9 Janvier 1976 à Dakhla. Le même jour, les derniers éléments de la légion espagnole quittent le Sahara Marocain.
L’Algérie, laissée en dehors des accords de Madrid, décide de précipiter son armée dans le territoire du Sahara Marocain.
Le 27 janvier, la guerre éclate entre les deux pays voisins dans la localité d’Amgala. Deux jours après, l’armée algérienne a été contrainte de se retirer, en laissant 100 morts et 200 prisonniers entre les mains des FAR ; ces soldats seront relâchés par la suite, fraternité oblige. En effet, malgré la victoire des FAR sur l’armée algérienne, le Roi Hassan II a opté pour l’apaisement et le bon voisinage et a libéré tous les prisonniers de guerre algériens sans faire de tapage ni de chantage.
Dans un message au président Boumediene, le Monarque Marocain déclarait : « Je vous adjure d’éviter au Maroc et à l’Algérie un autre drame. Je vous demande aussi de faire en sorte, soit par une guerre loyalement et ouvertement déclarée, soit par une paix internationale garantie, que dorénavant, on ne dise plus chez moi, dans mon pays, parmi mon peuple, « Algérie = Inconstance ».
L’Algérie ne décroche pas et se dépêche de créer un Mouvement de sédition destiné à revendiquer le sahara occidental, aspirant, dira-t-elle à un Etat indépendant, claironnant défendre les bonnes causes et le principe du droit des peuples à l’autodétermination, reniant toute implication directe dans le conflit du Sahara marocain et toute prétention à ce territoire. Un discours maintenu à ce jour encore.
Beaucoup d’observateurs s’étaient alors demandé, à l’époque, pourquoi, partant de ce principe de défenseur de droit des peuples, l’Algérie ne défendait-elle pas, du même coup, le Tibet, le Taiwan, la Tchétchénie, les Kurdes , le Kosovo , les Basques , la Corse ou encore Chypre ? Pourquoi son soutien se limitait-t-il et continue de se limiter exclusivement au polisario ?
En plus, le président algérien Boumediene, soutenu par Bouteflika, alors ministre des affaires étrangères, déclenche ce qu’il avait appelé « La marche noire » : le 8 décembre 1975, jour de l’Aïd Al Adha, il fait expulser d’Algérie des centaines de milliers de Marocains (45000 familles) vers leur pays d’origine. Des familles ont été désintégrées, des enfants séparés de leurs parents, des femmes de leurs maris. De surcroît, ils ont tous été dépossédés des biens qu’ils ont accumulés durant des années de labeur.
Ce n’est pas fini !
En 1994, après l’attentat perpétré à l’hôtel ASNI à Marrakech dans lequel sont incriminés les services secrets algériens, implication confirmée par un agent de ces services nommé Karim Moulay Anekkab, les autorités marocaines ont décidé d’instaurer le visa pour les ressortissants algériens désireux de se rendre au Maroc. L’Algérie riposte en décidant la fermeture de ses frontières terrestres avec le Maroc. Ce qui a accentué l’isolement de l’Algérie sur la scène internationale.
Confrontés, à l’époque, à un terrorisme aveugle alimenté par les islamistes du FIS, les Algériens ont considéré la décision marocaine comme un « lâchage » incompréhensible de la part de leurs voisins dans un contexte où l’Algérie avait besoin d’être soutenue.
Par ailleurs, l’Algérie accuse le Maroc de s’être réjoui de ses malheurs pendant la décennie noire. Elle l’accuse également ainsi que la Tunisie et la Libye, sans preuves à l’appui, d’avoir fourni des armes aux islamistes du FIS.
En réalité, la position du Maroc est connue et a toujours été claire ; elle se caractérise par la neutralité et la non-ingérence dans les affaires intérieures de l’Algérie ni de quiconque, et le Royaume a, depuis toujours, considéré ce qui se passait en Algérie comme une affaire «algéro-algérienne ».
En outre, si l’Algérie a connu l’une des plus sanglantes guerres civiles, ce n’est pas le Maroc qu’il faut incriminer. C’est la junte militaire au pouvoir qui avait refusé la transition démocratique représentée par le FIS, élu par le peuple algérien en 1992. Ce sont les généraux algériens qui ont bafoué la volonté du peuple et saboté le processus démocratique qui avait donné la victoire du FIS.
En guise de conclusion, on peut dire que le seul grief probable que l’Algérie peut faire au Maroc, c’est celui d’avoir cru en elle, en optant pour le bon voisinage, la fraternité, la solidarité et la complémentarité, souvent au détriment de ses propres intérêts, alors que l’Algérie a toujours fait preuve d’inconstance et de fourberie à l’égard du Royaume.
Les Marocains demeurent cependant une nation foncièrement pacifique, un peuple militant qui n’entend plus, cependant, se laisser déposséder de la moindre parcelle de son territoire.
Veuille qui veuille, Le Sahara Marocain, restera Marocain ! Un point c’est tout !
Et ce n’est pas en dénigrant et en dévalorisant le Maroc que l’Algérie pourra rehausser son image sur la scène internationale. Jusqu’à présent, à force de vouer une haine maladive, injustifiée et injustifiable au Maroc, à son Roi et à son Peuple, les dirigeants algériens n’ont réussi qu’à semer la discorde entre le Peuple Algérien et le Peuple Marocain et à bâcler l’Union et handicaper le développement du Grand Maghreb dont rêvent les Peuples de la Région.
Imaginons ces complémentarités religieuses, diplomatiques, sécuritaires, économiques et sociales qui pourraient faire le bonheur et assurer un avenir meilleur et pacifique aux générations de ces peuples…!


























