Les fortes pluies et les crues qui ont touché plusieurs zones du nord du Royaume ces derniers jours, dans la nuit de samedi dernier, ont une nouvelle fois mis en lumière la fragilité locale et la réalité de projets qualifiés par de nombreux observateurs de « travaux bâclés ». Des infrastructures censées résister aux aléas climatiques se sont effondrées dès les premières averses soutenues, révélant des défaillances structurelles persistantes.
Parmi les axes les plus touchés figure la route côtière nᵒ 16, reliant Al Hoceïma à Tétouan. Cet axe stratégique a été coupé à la circulation suite à des glissements de terrain et à l’accumulation de boue et de pierres sur un bon tronçon. Une situation qui n’a rien d’exceptionnel. Chaque année, que les précipitations soient fortes ou même modérées, le même scénario se répète : affaissements de terrain, destructions partielles de la chaussée, interruptions temporaires du trafic, puis réouverture quelques jours plus tard, sans que les causes profondes ne soient réellement traitées.
Cette répétition interroge. Comment expliquer qu’une route aussi vitale pour la mobilité des populations, le désenclavement des zones montagneuses et l’activité économique régionale continue de céder à chaque épisode pluvieux ? Pourquoi se contenter de réparations ponctuelles et de retouches superficielles, alors que des « points noirs » sont connus et documentés depuis des années ?
La région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma dispose pourtant de moyens financiers conséquents, censés permettre la réalisation de projets structurants et durables. Or, sur le terrain, les citoyens constatent surtout des interventions de circonstance, souvent présentées comme des solutions définitives, mais qui s’effacent au premier test climatique sérieux. Ces travaux de « cache-misère » finissent par coûter cher à l’État, tout en exposant les usagers à des risques réels, parfois tragiques.
Face à cette situation, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à un changement de priorités. Investir dans la réhabilitation complète et durable d’une route stratégique comme la RN16 apparaît aujourd’hui comme une urgence. La sécurisation des talus, l’amélioration des systèmes de drainage et la réalisation d’ouvrages adaptés au relief et aux conditions climatiques ne relèvent plus du luxe, mais de la nécessité.

Pour beaucoup, il est temps de privilégier le financement d’infrastructures vitales au service des citoyens, plutôt que de multiplier les subventions à des festivals ou à des associations dont l’utilité publique reste parfois discutable. Car derrière chaque coupure de route, ce sont des vies quotidiennes paralysées, une économie locale fragilisée et une confiance institutionnelle qui s’érode un peu plus.


























