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Les 4 derniers bateaux bradés à Algésiras

Naufrage total de Comarit Les 4 de
iers bateaux bradés à Algésiras
Le 01-06-2015 à 09:15:52

La compagnie marocaine de transport maritime « Comarit-Comanav » a reçu le coup de grâce, mardi 26 mai courant au port espagnol d’Algésiras où ses quatre de
iers bateaux ont été bradés à des prix dérisoires.

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Comme annoncé en avril de
ier, les autorités portuaires d’Algésiras en Espagne ont mis en application l’acte de vente aux enchères, mardi, de quatre navires appartenant à la compagnie marocaine de transport maritime « Comarit-Comanav-ferry appartenant à la famille Abdelmoula de Tanger.

Il s’agit des ferrys Ibn Batouta, Al Mansour, Banasa et El Boughaz, qui étaient bloqués sur les quais du port espagnol depuis près de trois années à la suite de la saisie conservatoire qui a été lancée en 2011.
Auparavant, les autorités espagnoles auraient envoyé en 2014, un avis aux responsables marocains pour trouver une alte
ative à cette vente.

Le produit de cette vente devait servir principalement à rembourser les dettes de la compagnie défaillante envers le port d’Algésiras qui retiendrait l’équivalent de ses créances auprès de la Comarit et les frais portuaires liés à la mise à quai de ces navires durant les quatre de
ières années, dont les frais d’amarrage et d’entretien, auxquels il faudrait rajouter les frais de procédure de vente aux enchères. L’enveloppe globale de l’Administration portuaire devrait se chiffrer en plusieurs centaines de milliers d’euros. Le reste du produit de la vente sera ensuit versé au Trésor public espagnol.

Quoique l’on estimait que l’état actuel de ces navires devait négativement peser sur leurs prix, et qu’une vente normale au poids devait, en principe, tou
er entre 200 et 210 dollars la tonne, on n’aurait jamais imaginé que ces bateaux seraient bradés à des prix dérisoires, notamment quand on sait que la compagnie mère avait déboursé, juste avant sa défaillance, la rondelette somme de 55 millions de dollars pour remettre à neuf sa flotte.

En effet, l’offre de prix pour le Ferry Ibn Batouta aurait été arrêtée à 1,27 million d’euros ; celle du bateau Banasa à 765 000 euros ; , celle du Mansour à 702 000 euros et celle d’El Boughaz n’a atteint que 450 000 euros. La recette totale dépasserait donc à peine les 3 millions d’euros. Même pas de quoi payer rembourser une infime partie des dettes de Comarit-Comanav ferry.

D’ailleurs, précédemment, le Berkane, un bateau qui a connu le même sort en septembre de
ier, a été vendu à 1,8 million d’euros seulement, alors que la mise à prix initiale aux enchères était de 5,8 millions d’euros. Bien avant, en 2011, le Biladi et le Marrakech avaient été à l’origine des malaises de la Comarit après que le port de Sète avait lancé une saisie conservatoire les conce
ant. La compagnie marocaine avait accumulé les dettes envers différentes autorités portuaires.
Sans compter le gros problème du personnel marin qui avait été débarqué de ces bateaux et jamais indemnisé jusqu’à présent.

Que sont devenus les marins
de la Comarit ?

Sit in des marins devant le siège de Comarit

Les marins de la Comarit ont, à leur manière, fait l’actualité au Maroc, mais aussi en France et en Espagne pendant plusieurs mois, voire des années, jusqu’au retour au Maroc de ceux qui étaient restés à quai en France, notamment après la saisie des bateaux. Trois ans après le déclenchement de la crise de la compagnie marocaine, que sont devenus ces hommes de la mer qui ont consacré des décennies de leur vie au transport des Marocains d’Europe ?
Selon une enquête du site Yabiladi, Saïd Lorini passe ses jou
ées à réfléchir. Ce marin de 46 ans n’a plus travaillé depuis trois ans, suite à la grosse crise qui a conduit à la liquidation de la Comarit. Pour lui c’était le choc. « J’avais pris mes congés annuels (2 mois). A mon retour en décembre 2011, il y avait déjà des problèmes. En janvier 2012, nous avons arrêté de travailler », raconte-t-il, soulignant que pendant les mois qui ont suivi, l’équipage gardait toujours l’espoir que la situation se rétablisse. Mais ces espérances sont finalement tombées à l’eau avec la faillite officielle de la Comarit.

Même pas 5 dirhams en poche

« Je suis dans une situation terrible. Je ne sais pas comment vous expliquer. J’ai 2 enfants, le plus grand a 20 ans et passe son baccalauréat cette année. Je n’ai pas les moyens de m’occuper d’eux. Ils sont partis vivre avec ma femme chez mon beau-père», raconte l’homme de 49 ans qui cherche en vain un emploi depuis 3 ans. L’un des problèmes de Saïd, c’est qu’il ne maitrise que les métiers de la mer. « Je ne sais rien faire à terre. J’ai obtenu mon CAP en 1986 et le 15 février 1989, j’ai été embauché à la Comanav. J’avais 20 ans, j’ai carrément grandi dans cette société », confie-t-il d’un air complétement abattu. « J’ai travaillé pendant 26 ans (depuis 1986, ndlr) et je me retrouve aujourd’hui avec rien », dit-il mettant la main dans la poche. « Regardez, je n’ai même pas 5 dirhams sur moi, pourtant j’ai travaillé pendant 26 ans », répète-t-il. Pour gérer son quotidien, Saïd se fait assister par des membres de sa famille.

Pour Khalid Targhi, la vie est tout aussi difficile, « mais grâce à Dieu on tient le coup », lance-t-il levant les yeux vers le ciel. A côté de lui, sa de
ière fille malade. « Je n’ai pas les moyens de l’emmener à l’hôpital. Je suis obligé d’essayer de la soigner avec des remèdes traditionnels en priant Dieu qu’elle se rétablisse », confie-t-il. Ce quinquagénaire n’a pas trouvé d’emploi depuis trois ans et vit grâce au soutien de ses frères à l’étranger : « ils m’envoient de l’argent de temps en temps ». L’homme fait également partie de ceux qui ont acquis des biens en s’endettant, comptant sur la stabilité de leur emploi pour rembourser leurs crédits. Mais là, « ça fait trois ans que je n’ai rien payé sur mon crédit auto », affirme-t-il soulignant qu’il reçoit des pressions régulières de la part de ses créanciers.

Pour cet homme qui a passé 25 années de sa vie au service de la Comanav, dont la branche transport de personnes est devenue Comanav-Ferries, filiale de la Comarit, en 2009, « Abdelmoula a fait du mal au Maroc et au peuple marocain. Il n’aurait jamais dû acheter Comanav-Ferries. Les Français étaient corrects avec nous (CMA-CGM qui avait racheté à l’Etat marocain la COMANAV en 2007, ndlr) », explique Khalid, estimant que sans le rachat des activités passagers par la Comarit, il ne se serait peut-être « jamais » retrouvé dans cette situation.

« Chômage, chômage, chômage »

« C’est un drame. Le sort est le même pour tous, chômage, chômage, et encore chômage », martèle un commandant et ancien directeur à la Comarit qui a requis l’anonymat. « C’est grâce à Dieu que je vis », regrettant qu’à la veille de la haute saison, les hommes de la mer ne puisse pas trouver de travail alors que des compagnies de droit marocain viennent d’obtenir des autorisations. Il estime « triste » qu’après des décennies au service de la compagnie nationale, ces hommes se retrouvent tous à un âge avancé, sans aucun héritage à léguer à leurs enfants. « Notre problème, c’est que nous étions trop loyal envers la compagnie et l’Etat. Jusqu’au de
ier moment, on était avec la compagnie », déclare le quinquagénaire qui compte plus de 25 ans au sein de la compagnie dirigée par le clan Abdelmoula. « Ce sont les cadres qui ont bâtis cette société. Samir (le fils, qui a fini DG, ndlr) n’était qu’un enfant. Et un jour, on vous dit bye bye », dit-il en demandant comment il peut trouver un nouvel emploi à son âge.

Le commandant rappelle qu’en bon citoyen, tous les employés de la Comarit ont payé leurs impôts à la source, mais aujourd’hui ils n’ont « plus de CNSS, plus de mutuelle », alors qu’ils sont pour la plupart lourdement endettés. « Tout le monde est sortie de cette affaire avec une maladie incurable », affirme-t-il.

Les marins racontent également le cas d’un couple qui faisait partie de l’équipage de la Comarit. Quelques temps après l’éclatement de la crise, le monsieur est mort « de crise cardiaque », laissant la jeune fille à l’époque âgée de moins de 20 ans, enceinte. « Aujourd’hui, elle se retrouve avec une petite fille à sa charge, sans mari, sans emploi, sans sécurité sociale, rien », regrette l’un des anciens de la compagnie soulignant que les cas dramatiques sont innombrables. Certains évoquent même un cas de suicide. Il y’en a, en outre, quelques-uns qui sont restés en France et Espagne après avoir fuit les bateaux bloqués en 2012 dans les ports de ces pays.

Déception

Voilà en gros la situation dans laquelle se trouvent les centaines de marins de la Comarit à quelques différences près. A noter que ceux d’IMTC connaissent le même sort. Alors que le retour des compagnies marocaines sur le détroit était perçu comme un signe d’espoir, l’Association marocaine des officiers et marins de la Marine marchande (AMOMM) se dit déçue. « A quoi sert-il de donner des autorisations aux compagnies quand aucune d’elle n’a un bateau battant pavillon marocain ? Les marins vont rester au chômage », déplore le président Abdelkhalek Ben Maachou dans un entretien avec Yabiladi. Il assure avoir eu « plusieurs rencontres » avec le ministère du Transport après la nomination du gouve
ement Benkirane en 2012, faisant des propositions. « Nous nous sommes rendus compte qu’ils n’en ont pas tenu compte », dit-il.

Actuellement, les équipes du ministère « ont déjà commencé » la préparation de l’opération Marhaba « avec les compagnies autorisées », comme nous le signale la responsable communication. Mais aucun ancien marin de la Comarit et d’IMTC ne fera partie des équipages.

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