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La Guerre du Rif : Mohamed Ben Abdelkrim (6)

La Guerre du Rif : Mohamed Ben Abdelkrim (6)
Le 01-05-2015 à 111:59:40
Mémorial du Maroc (Tome V) : 6ère partie

La bataille d’Anoual

Le processus du désastre d’Anoual commençait pour les Espagnols. Le premier mouvement de Ben Abdelkrim fut de s’emparer de Sidi Brahim, position qui lui permettait de couper la route de l’eau aux Espagnols installés à Ighriben. C’est vers celle-ci que Ben Abdelkrim dirigea, ensuite, ses efforts. Il s’en empara le 18 juillet 1921. Il note dans ses mémoires que c’est à la veille de la bataille d’Ighriben qu’il reçut l’investiture de commandant en chef. Ce que Ayache commente dans ces termes : « cela voulait dire simplement que les tribus, arrivées une à une pour se joindre au combat, lui reconnurent alors conjointement, et dans les formes, l’autorité qu’il exerçait déjà en droit, depuis le serment d’Al Qama, entre ses frères Beni Ouriaghel, et celle qu’il exerça en fait, dans les opérations, sur l’ensemble du front, des les tout premiers jours qui suivirent Ouberrane ».

Il y eut, ensuite, la chute de Tfersit le 23 juillet, puis celle de Sidi Driss le 25.

La campagne s’achevait par la fameuse bataille d’Anoual qui fut couronnée par une victoire éclatante de Ben Abdelkrim. Ce fut un désastre pour l’Espagne qui se traduisit :

– par d’énormes pertes : 18.000 soldats, c’est à dire l’ensemble de leur armée, 19.504 fusils, 352 mitrailleuses, 129 canons, 1100 prisonniers ;
– par une avance foudroyante de l’armée de Ben Abdelkrim dans le Rif oriental qu’elle occupa, en totalité, ne laissant aux Espagnols que la ville de Melilla, que Ben Abdelkrim a tenu à épargner. Mais il reconnut par la suite que c’était une erreur de sa part ;
– par les remous qu’elle provoqua en Espagne même remous qui furent à l’origine d’un processus qui commença par la montée de la dictature, laquelle a l’avènement de la deuxième République, qui devait aboutir plus tard à la guerre civile
Anoual a marqué une grande date dans l’histoire du Maroc contemporain, parce qu’elle a rendu aux Marocains, découragés par tant de malheurs dans leur vie nationale depuis plusieurs décennies, une certaine confiance en eux mêmes. L’admiration mêlée d’affection qu’ils éprouvèrent pour Ben Abdelkrim est v
ue de là. Mais, le héros du Rif n’a pas répondu à leur attente sur le plan guerrier seulement. Il frappa leur imagination par d’autres initiatives qui conce
ent la vie d’une société presque en paix.

« … Faire évoluer la société… »

Ben Abdelkrim comprit rapidement que le mal dont souffrait le Maroc et qui a permis à l’impérialisme de l’inscrire dans son tableau de chasse était, avait tout, le grand décalage qui le séparait, en toutes choses, des pays avancés, et qui maintenait son peuple dans une situation de société archaïque. De par sa formation et son expérience, il était convaincu de la nécessité de faire évoluer cette société, de la conduire rapidement au niveau de la mode
ité.

L’une des tâches qui a le plus retenu son attention fut de doter la nouvel ordre issu de la révolte rifaine, d’institution à la fois mode
es et fidèles aux prescriptions de l’Islam. Les premières bases d’un état démocratique furent jetées. Une constitution en quarante articles fut rédigée. L’Assemblée Nationale est la clé de voûte de ces institutions. Elle est composée des représentants des tribus et exerce le pouvoir législatif et exécutif. Dans les circonstances exceptionnelles de la guerre, c’est le chef de l’exécutif qui préside à ses réunions. Ben Abdelkrim, à qui fut déce
é le titre d’Emir n’exerçait le pouvoir, selon l’acte de son investiture, que par délégation des cheikhs.

Le gouve
ement était assuré par des vizirs (ministres) ou nuzzars, élus par l’Assemblée, dont le conseil était présidé par Ben Abdelkrim. Il y avait aussi un conseil de guerre dont la tâche essentielle consistait à suivre le déroulement du conflit et assurait à l’armée rifaine les moyens de combat.

Entretemps, Ben Abdelkrim dut repenser toute sa stratégie. Il essaya d’élargir sa base géographique et humaine, en sortant des limités proprement dites du Rif, soit vers le sud, soit vers l’ouest dans les Jbala où il envoya son frère M’hamed en vue de prendre les contacts indispensables avec les populations. Il entama également une action diplomatique par l’envoi d’émissaires en France et en Angleterre. En somme, le jeune Etat donnait l’impression d’être conscient de ses responsabilités nationales et inte
ationales, à l’instar d’un Etat mode
e.

à suivre – 5ère partie

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