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Disparition subite de la « Dame des Colonnes » Rachel Muyal

La scène culturelle tangéroise de nouveau en deuil Peu de temps après le décès de Lotfi AKALAY

Disparition subite de la « Dame des Colonnes » Rachel Muyal

Le vendredi 24 janvier 2020, Rachel Muyal assistait, avec bienveillance et grande émotion, à une cérémonie rendant un  hommage posthume à son confrère chroniqueur et écrivain, le regretté Lotfi Akalay, disparu un peu plus d’un mois auparavant, le 18 décembre dernier. Elle l’a pleuré à chaudes larmes.
Trois jours plus tard, lundi 27 janvier, Rachel rendait subitement l’âme à l’âge de 87 ans, plongeant ainsi, de nouveau, l’intelligentsia et la société civile  tangéroises dans un deuil profond. 

Si Tanger a toujours été considérée comme une ville plurielle, une perle à part entière, accueillante, luxuriante et dont l’histoire est riche d’enseignement pour la mémoire collective, c’est quelque part grâce aux hommes et femmes pluriels, étincelants comme des perles par leurs actes qui ont réservé à Tanger la plus belle chambre de leur cœur. Rachel Muyal, la dame des colonnes, cette intellectuelle Tangéroise de naissance et de cœur, qui a été secrétaire et assistante de direction à la RCA Global Communication et gérante de la librairie des Colonnes pendant un quart de siècle, fait assurément partie de cette catégorie de personnes à travers laquelle il est possible d’effectuer un voyage agréable, subtil et étonnant à la fois dans l’histoire de Tanger en général, et le Tanger culturel en particulier, dans ce qu’il a de plus éclectique.
Rachel et Tanger, pour reprendre un extrait du livre « Rachel Muyal. Mémoire d’une Tangéroise » où cette dernière nous invite, à travers la plume de l’écrivain Dominic Rousseau, à un voyage sur les cimes azurées de sa mémoire, c’est l’histoire « d’une symbiose entre une tangéroise lettrée et sa ville natale ». C’est plus subtilement encore, l’histoire d’une passionnée de culture qui aura joué un immense rôle d’ambassadrice de Tanger auprès de grandes figures des mondes littéraire, politique et scientifique ayant effectué à un passage dans la perle du détroit.
Née dans les hauteurs de Marshan un 16 février 1933, dans une maison située à l’angle de la rue Ben-Abart et de la rue Tarifa, Rachel est dévorée, dès sa petite enfance, par la curiosité propre aux Hommes et  Femmes de lettres et développe un appétit incommensurable pour le savoir.
Malgré qu’elle ne fût inscrite à l’école qu’à l’âge de huit ans, elle savait déjà lire et écrire l’espagnol, sa langue maternelle. Cette insertion volontariste de la jeune Rachel dans le monde de l’érudition a constitué un atout majeur pour développer chez elle un sens de l’observation pointue et une capacité de mémorisation assez particulière.

 

Le lecteur de son roman de vie « Rachel Muyal. Mémoire d’une Tangéroise » n’est donc pas surpris de constater, avec une pointe de satisfaction, que ces souvenirs sont là, intacts et qu’elle les égrène comme la danse perpétuelle et cadencée des vagues du littoral Tangérois. Tout au long de deux cent soixante-douze pages, remplis d’anecdotes et de récits de vie alléchants, entrecoupés par des commentaires pertinents de Dominic Rousseau, Rachel se souvient des lieux, des noms des dates. Elle évoque les souvenirs de sa famille, du Tanger dans la grande guerre et la guerre froide, de ses premiers succès professionnels notamment au sein RCA Global Communication où elle s’est distinguée par son dévouement et son sens du professionnalisme. Á travers les pages marquantes de cette épisode de sa vie, c’est une Rachel prédestinée à un rôle d’ambassadrice de Tanger qui se dessine.
Rachel Muyal représentait pratiquement la mémoire culturelle de Tanger après avoir consacré donc 25 ans de sa vie au milieu des rayonnages de la librairie des Colonnes, durant les années de gloire de cette institution qui comptait pour l’un des meilleurs  havres de la culture en Afrique du nord. C’est en 1973 qu’elle prendra la suite des sœurs Gerofi qui avaient donné à ce lieu son esprit et sa renommée et, jusqu’en 1999,  elle a présidé aux destinées de cette institution, avec une passion et un enthousiasme qui n’ont jamais décliné. Elle a innové les « signatures d’auteurs  » et perpétué le rayonnement et l’image de la librairie avec une énergie à toute épreuve et une volonté de  gestion saine et cohérente, ce qui lui a valu la prestigieuse distinction de « Chevalier des Arts et des Lettres » qui lui a été décernée en France  le 15 Février 1996.
Rachel Muyal est ainsi demeurée une référence dans tout ce qui se rapporte à l’art et à la culture dans notre ville. Sa présence était  partout souhaitée et appréciée dans les cercles de l’intelligentsia tangéroise et au sein de la société civile.
Le pari n’était ni simple ni gagné puisqu’au départ, Rachel doit faire face avec courage et réalisme surtout à la situation de crise que traverse la Librairie des colonnes, au moment où elle hérite de sa gestion. Sans relâche, aidée et conseillée par des âmes aimables, elle parvient à redresser la situation et à donner un nouveau souffle, et des couleurs à la réputation de la librairie des colonnes. De là, commence ce qu’il convient d’appeler « Les années littéraires de Rachel » où cette dernière avait le défi « d’imaginer, d’oser, d’innover ».
Au fil des années et du temps qui passaient inlassablement, Rachel réussit à faire de la librairie des colonnes un des lieux incontournables de la ville. Les grands noms de la littérature et du monde politique s’y succèdent, sous son regard discret, admiratif et sa grande capacité d’accueil et d’écoute. C’est l’occasion pour Rachel de vendre et vanter Tanger et de parler littérature. C’est également l’occasion pour Rachel d’innover, de proposer et d’encadrer pour la première fois l’organisation des rencontres appelés « signatures ». La première rencontre du genre où elle accueillit Martha Ruspoli, une descendante du marquis de la Fayette pour son livre « l’épervier divin », fut un grand succès. La machine allait connaitre un succès plus grand puisque les cercles diplomatiques, de pouvoirs et scientifiques s’y intéresseront et feront pour certains des passages remarqués. Des noms tels que Driss Chraïbi, hubert reeves, eminent astrophysicien, Gilles kepel, Dominique Pons, Tahar Ben Jelloun, Driss Chraibi, Paul Bowles, pour ne citer que ceux-là, embellissent la mémoire des années littéraires de Rachel Muyal. D’autres comme les écrivains Choukri, Genet et Goytisolo y trouvent en plus une deuxième vie. Fort de ce passé, la Dame des colonnes n’hésite pas, aujourd’hui, à prendre la parole publiquement pour parler de la diversité culturelle de Tanger, l’amour et l’intérêt enchantée qu’elle porte pour la ville de Tanger.
Rachel Muyal est la restitution d’une trace indélébile de l’histoire du Tanger plurielle.
Aujourd’hui,  elle repose en paix dans un cimetière de sa ville natale, Ses funérailles se sont déroulées le 28 janvier en présence de l’intelligentsia l’ayant accompagnée à sa dernière demeure pour lui rendre un dernier hommage posthume.
Son souvenir restera longtemps gravé dans la mémoire de sa génération !

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