A propos du livre: Mémoire d’une Tangéroise de Rachel Muyal

Si Tanger a toujours été considérée comme une ville plurielle, une perle à part entière, accueillante, luxuriante et dont l’histoire est riche d’enseignement pour la mémoire collective, c’est quelque part grâce aux hommes et femmes pluriels, étincelants comme des perles par leurs actes qui ont réservé à Tanger la plus belle chambre de leur cœur. Rachel Muyal, la dame des colonnes, cette intellectuelle Tangéroise de naissance et de cœur, qui a été secrétaire et assistante de direction à la RCA Global Communication et gérante de la librairie des Colonnes pendant 25 ans, fait assurément partie de cette catégorie de personne à travers laquelle il est possible d’effectuer un voyage agréable, subtil et étonnant à la fois dans l’histoire de Tanger en général, et le Tanger culturel en particulier, dans ce qu’il a de plus éclectique.
Rachel et Tanger, pour reprendre un extrait du livre « Rachel Muyal. Mémoire d’une Tangéroise » où cette dernière nous invite, à travers la plume de l’écrivain Dominic Rousseau, à un voyage sur les cimes azurées de sa mémoire, c’est l’histoire « d’une symbiose entre une tangéroise lettrée et sa ville natale ». C’est plus subtilement encore, l’histoire d’une passionnée de culture qui aura joué un immense rôle d’ambassadrice et de VRP de Tanger auprès de grandes figures des mondes littéraire, politique et scientifique ayant effectué à un passage sur les terres de la perle du détroit.
Née dans les hauteurs de Marshan un 16 février 1933, dans une maison située à l’angle de la rue Ben-Abart et de la rue Tarifa, Rachel est dévorée, dès sa petite enfance, par la curiosité propre aux Hommes de lettres et développe un appétit incommensurable pour le savoir. Malgré qu’elle ne fut inscrite à l’école qu’à l’âge de huit ans, à quatre ans d’âge, elle savait déjà lire et écrire l’espagnol, sa langue maternelle. Cette insertion volontariste de la jeune Rachel dans le monde de l’érudition a constitué un atout majeur pour la dame des colonnes en devenir. Elle permit à Rachel de développer un sens de l’observation pointue et une capacité de mémorisation assez particulière. Le lecteur de son roman de vie « « Rachel Muyal. Mémoire d’une Tangéroise » n’est donc pas surpris de constater, avec une pointe satisfaction, que ces souvenirs sont là, intacts et qu’elle les égrène comme la danse perpétuelle et cadencée des vagues du littoral Tangérois. Tout au long de deux cent soixante-douze pages, remplis d’anecdotes et de récits de vie alléchants, entrecoupés par des commentaires pertinents de Dominic Rousseau, Rachel se souvient des lieux, des noms des dates. Elle évoque les souvenirs de sa famille, du Tanger dans la grande guerre et la guerre froide, de ses premiers succès professionnels notamment au sein RCA Global Communication où elle s’est distinguée par son dévouement et son sens du professionnalisme. Á travers les pages marquantes de cette épisode de sa vie, c’est une Rachel prédestinée à un rôle d’ambassadrice de Tanger qui se dessine. En prenant la gestion de la librairie des colonnes, à la suite des Geroffi, elle commence à poser les jalons d’une part importante de cet aspect de sa vie et entame ainsi le processus devant la conduire à une contribution singulière au rayonnement de l’image de marque de Tanger. Le pari n’était ni simple ni gagné puisqu’au départ, Rachel doit faire face avec courage et réalisme surtout à la situation de crise que traverse la Librairie des colonnes, au moment où elle hérite de sa gestion. Sans relâche, aidée et conseillée par des âmes aimables, elle parvient à redresser la situation et à donner un nouveau souffle, et des couleurs à la réputation de la librairie des colonnes. De là, commence ce qu’il convient d’appeler « Les années littéraires de Rachel » où cette dernière avait le défi « d’imaginer, d’oser, d’innover ».
Au fil des années et du temps qui passaient inlassablement, Rachel réussit à faire de la librairie des colonnes un des lieux incontournables de la ville. Les grands noms de la littérature et du monde politique s’y succèdent, sous son regard discret, admiratif et sa grande capacité d’accueil et d’écoute. C’est l’occasion pour Rachel de vendre et vanter Tanger et de parler littérature. C’est également l’occasion pour Rachel d’innover, de proposer et d’encadrer pour la première fois l’organisation des rencontres appelés « signatures ». La première rencontre du genre où elle accueillit Martha Ruspoli, une descendante du marquis de la Fayette pour son livre « l’épervier divin », fut un grand succès. La machine allait connaitre un succès plus grand puisque les cercles diplomatiques, de pouvoirs et scientifiques s’y intéresseront et feront pour certains des passages remarqués. Des noms tels que Driss Chraïbi, hubert reeves, eminent astrophysicien, Gilles kepel, Dominique Pons, Tahar Ben jelloul, Driss Chraibi, Paul Bowles, pour ne citer que ceux-là, embellissent la mémoire des années littéraires de Rachel Muyal. D’autres comme les écrivains Choukri, Genet et Goytisolo y trouvent en plus une deuxième vie. Fort de ce passé, la Dame des colonnes n’hésite pas, aujourd’hui, à prendre la parole publiquement pour parler de la diversité culturelle de Tanger, l’amour et l’intérêt enchantée qu’elle porte pour la ville de Tanger.
Plus qu’un roman de vie, « Rachel Muyal. Mémoire d’une Tangéroise », est la restitution d’une trace indélébile de l’histoire du Tanger plurielle.

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