par le Docteur Abdelhak BAKHAT
Depuis quelque temps, le consommateur marocain assiste à une hausse généralisée des prix.
Produits alimentaires, services de transport, carburants ; tout a augmenté en même temps et les ménages ont de plus en plus de mal à maitriser leur situation financière domestique.
L’impact de l’inflation est tellement important sur leur pouvoir d’achat qu’ils en parlent tous les jours dans les foyers, à la rue et sur les réseaux sociaux.
Selon le haut commissariat au plan (HCP), l’indice de confiance des ménages est en berne, à son plus bas niveau. Face à la crise économique liée aux changements climatiques, à la guerre en Ukraine et à la pandémie du covid 19, les citoyens subissent de plein fouet des répercussions négatives.
Concernant la situation financière des ménages, 47,4% déclarent s’endetter ou puiser dans leur épargne, tandis que 48,5% estiment que leurs revenus couvrent leurs dépenses. Pour ceux qui arrivent à épargner une partie de leur revenu, ils représentent seulement 4,1%.
La flambée des prix dans la quasi-totalité des produits de consommation quotidienne remet en question la capacité des familles à assurer une stabilité financière, la dégradation du pouvoir d’achat ayant atteint son niveau le plus bas depuis 2008, les augmentations ayant profondément chamboulé les habitudes de consommation.
Après deux années de pandémie qui a compliqué davantage la situation, et l’avènement du mois sacré de Ramadan, certains essaient de s’accommoder de la nouvelle situation, alors que d’autres, les vulnérables notamment, peinent à s’y adapter.
Le Maroc parvient, certes, à l’autosuffisance en fruits et légumes, mais cela n’a pas empêché les prix de monter, à cause notamment du problème de la multiplicité des intermédiaires et des spéculateurs entre l’agriculteur et le consommateur final.
Cette mosaïque d’intermédiaires dans les circuits de distribution gonfle le coût de plusieurs produits qui ont vu leur prix augmenter même si le producteur les vend à un tarif très bas.
En l’absence d’une instance de régulation des produits de consommation, le marché intérieur n’est pas maîtrisé. Entre le producteur et le consommateur, la rente prédomine et son impact sur le pouvoir d’achat est catastrophique.
La tomate, par exemple, est vendue en gros à Inezgan (Agadir) à 5 dirhams le kilo et elle est revendue au consommateur à 12 dirhams dans les différentes villes du Royaume.
Malgré les assurances du gouvernement concernant la réduction de la quantité de tomates exportées pour contrôler le prix du marché local, les prix sont restés à un niveau élevé, ce qui a incité un certain nombre de familles à s’en passer ou réduire la quantité habituelle pour la Harira du Ramadan.
D’autre part, d’une manière générale, les prix des produits importés ont sensiblement augmenté.
En ce qui concerne les céréales, bien que le Maroc ait un stock suffisant pour 5 mois, les prix ont connu une augmentation. A titre d’exemple, le pain rond moyen est passé de 2,50 dh à 3,00 dh en boulangerie.
Le facteur prépondérant qui explique cette situation est la guerre en Ukraine : puisque le Maroc importe une grande part de ses besoins en blé, sucre et huile de table, entre autres, il est normal qu’il soit aujourd’hui confronté aux changements brutaux des cours enregistrés à l’échelle internationale.
Autre phénomène, celui de l’inexistence d’une culture individuelle chez de nombreuses personnes, consistant à n’acheter que les produits de base en quantité mesurée, au lieu d’acquérir de nombreux produits, sans besoin réel, ni estimation des quantités nécessaires ; ceci crée une demande excessivement élevée, et entraîne une augmentation de prix.
Ceci est apparu depuis quelque jours dans les supermarchés où l’on interdit au client d’emprorter plus d’un seul bidon de 5 litres d’huile de table. Une sorte de sonnette d’alarme qui pourrait atteindre d’autres produits de base très convoités.
Quant aux carburants, dont les prix sont soumis aux fluctuations internationales affectées par les répercussions de la guerre russe en Ukraine, les prix du gasoil et de l’essence s’affichent à un niveau jamais atteint, et se répercutent sur le transport et, par voie de conséquence, sur le prix du produit transporté.
Là encore, le gouvernement tente d’amortir le choc à travers des indemnisations aux transporteurs afin d’épargner le consommateur de l’augmentation du coût de transport des matières de consommation.
L’exécutif gouvernemental qui est d’ailleurs sur tous les fronts depuis cette flambée des prix, ne sait plus où donner de la tête après deux années de crise sanitaire, une grave sécheresse, des répercussions de la guerre russo-ukrainienne et une tension sociale grognante.
Un syndicaliste exprime la crise à sa manière, en protestant : « Certes, le Maroc n’échappe pas au contexte international, mais pourquoi serait-ce aux citoyens d’en subir les effets ? L’Etat doit agir pour préserver le pouvoir d’achat des ménages ! ».
On a enregistré des scènes de chaos dans certains souks et marchés, des manifestations, des sit-in, des menaces de grève et un hashtag sur les réseaux sociaux appelant à la démission de l’exécutif qui fait face à une sourde colère populaire provoquée par la hausse des prix des produits de première nécessité et des hydrocarbures.
Le gouvernement a annoncé récemment, la prochaine mise en place de mesures concrètes visant à préserver le pouvoir d’achat du citoyen par le biais de subventions directes à plusieurs secteurs sociaux productifs et produits de consommation. Ces subventions s’ajoutent aux 10 milliards de dirhams mobilisés dans le cadre du plan d’urgence pour lutter contre les effets de la sécheresse.
À rappeler également que le chef du gouvernement Aziz Akhannouch avait déclaré que la majorité gouvernementale était consciente des attentes des citoyens et œuvre pour y répondre et honorer ses engagements et ses obligations à leur égard, notamment en matière de préservation de leur pouvoir d’achat.


























