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La Guerre du Rif : Mohamed Ben Abdelkrim (2)

La Guerre du Rif : Mohamed Ben Abdelkrim (2)
Le 24-03-2015 à 17:11:25
Mémorial du Maroc (Tome V) : 2ère partie

Pour connaître le Rif et les Rifains :

Mais, malgré son importance, cela ne suffit pas à expliquer pourquoi la révolte rifaine a pris tant de signification. Si l’on considère la petite région qui en a été le théâtre, on se rend compte que rien de particulier ne la privilégiait pour jouer un rôle aussi spectaculaire. Bien au contraire, le Rif est généralement compté parmi les régions pauvres du Maroc, constitué par une chaine de montagnes d’altitude moyenne, il est sillonné par quelques petites vallées, offrant des possibilités de cultures moyennes. Bien plus ; à côté de ces maigres ressources, il abrite une des populations la plus prolifique du pays et présente une densité des plus fortes. Phénomène qui a été à l’origine d’un fort courant d’immigration à l’étranger. Depuis le siècle de
ier, les Rifains se sont habitués à aller chercher du travail ailleurs, notamment en Algérie.

Situation en somme très médiocre pour une région qui n’offre rien de comparable aux riches provinces du Maroc, telles que la Saïs, le Gharb, la Chaouia, le Tadla, par exemple.

A noter, enfin, que le Rif, pour sa subsistance habituelle, comptait davantage sur les vallées du versant méridional, notamment celles de l’Ouargha Mais ici, nous nous trouvons déjà dans la mouvance de Fès.

Mais ces données, pour importantes qu’elles soient, s’avèrent insuffisantes à expliquer la situation du Rif et son rôle véritable dans l’histoire du Maroc.

Elles ne tiennent pas assez compte d’un ensemble de particularités fondamentales, qui ont déterminé l’histoire de la région et permis à l’arrière-plan géographique et humain de palier aux déficiences de l’économique :
La situation du Rif dans le Bassin méditerranéen ne doit pas passer inaperçue. Certes, les vieilles sources de l’histoire antique n’ont pas été très prolixes à ce sujet. Mais il ne faut pas oublier tout de même que celles de l’époque médiévale, malgré leur laconisme nous présentent un tableau des plus éloquents. Nous y voyons une côte rifaine beaucoup plus active, beaucoup plus florissante qu’à l’époque mode
e. Cela était dû au fait que le Maroc a pu exercer, en premier temps, sa maîtrise en Méditerranée occidentale et en un deuxième temps, se faire respecter par les marines des pays chrétiens. Les sources mentionnent les ports qui servaient de relais indispensables au commerce entre l’Afrique et l’Europe. Ces villes côtières n’ont pas manqué d’être des centres de civilisations, d’activité intellectuelle et de vie spirituelle.

Si elles ont périclité par la suite, si la présence du Rif dans la méditerranéea beaucoup décliné, à l’époque mode
e, cela est dû, pour une part, au blocus permanent exercé par les Etats européens, et tout particulièrement par les Etats ibériques, sur les côtes marocaines, et au repli du Maroc, qui n’étaient que le contrecoup de la décadence générale du monde musulman. Ce qu’il faut retenir de cette rétrospective historique, c’est que le peuple du Rif, loin d’être cet ensemble de tribus barbares, comme se plait à nous le présenter la plupart des sources européennes, dans une vue manifestement tendancieuse, était l’héritier d’une tradition, d’une civilisation, d’un éthique, mais que la pauvreté, le déclin général du pays empêchaient de paraître sous son vrai jour. De toutes manières, l’historien aurait beaucoup de mal à expliquer comment des populations qui ont vécu au bord de la Méditerranée, ce foyer millénaire de civilisation, n’en aient pas subi la moindre imprégnation.

– Le Rif avait beaucoup plus conscience du danger de l’impérialisme étranger que les autres régions du Maroc, et ce, depuis le 15ère siècle. C’est sur cette côté méditerranéenne du Maroc que les représailles des Etats chrétiens, ibériques principalement, se sont exercées. Les luttes maritimes tou
aient de plus en plus à leur avantage pour leur laisser, en définitive, la maîtrise totale de la mer. L’une des premières réactions des populations du Rif a été d’organiser une sorte de guérilla corsaire, signalée sporadiquement par certaines sources, mais sur laquelle nous ne possédons pas, malheureusement ; une documentation suffisante.

Veilles leçons de patriotisme

Mais bientôt, l’Espagne devait passer à l’attaque du territoire rifain lui-même par l’occupation de Melilia en 1497, des rochers de Badis (1564) et de Nekour (1673).

Rien ne l’empêchait, vu sa supériorité militaire écrasante, de pousser son expansion dans l’arrière-pays avec des chances de succès. Elle a essayé, mais chaque fois, elle s’est heurtée à une vive résistance des populations, qui lui a fait subir de lourdes pertes. Cette résistance équivalait à un barrage infranchissable, grâce à la détermination des Rifains, situations de lutte incessante et de blocus efficace contre les Espagnols qui s’est poursuivie de 1497 jusqu’au début du 20 siècle. Mais aussi, situation au cours de laquelle les hommes du Rif ont pris conscience de leur entité collective, acquis une certaine expérience de la lutte patriotique, une connaissance directe des puissances impérialistes de l’Europe, notamment de l’Espagne. Voilà qui explique pourquoi ils ont été parmi les premiers Marocains à répondre à l’appel de l’Emir Abdelkader et participer, massivement à sa lutte en Algérie.

Geste qu’ils ont renouvelé tout récemment, au cours de la lutte de libération algérienne.

Ainsi, les leçons d’une histoire mouvementée avaient fait acquérir aux Rifains une maturité politique, un sens national mode
e, qui n’existaient pas au même degré dans les autres régions du Maroc, lorsque le complot colonial passait à la phase active de la conquête du pays. Certes, toutes les populations marocaines, du nord au sud, ont résisté farouchement à la pénétration coloniale, quand elles en avaient la possibilité, mais les Rifains ont fait avec une conscience et une lucidité qui n’étaient que le fruit de leur frottement continuel avec le monde extérieur, à travers cette ouverture si instructive et si enrichissante sur le bassin de la Méditerranée.

Si nous avons évité dans cette analyse, de nous appuyer sur les méthodes ethnologiques qui ont connu une certaine formulation, traduite dans sa fameuse théorie de la segmentarité, c’est parce que nous pensons qu’on ne parviendra à bien comprendre la société rifaine et son histoire, qu’en embrassant toutes les données et en observant la place de chacune dans la structure d’ensemble. ce n’est pas en accordant, par exemple, à la tribu, au tribalisme, le pouvoir d’une clef magique capable d’ouvrir toutes les portes, de percer tous les secrets, qu’on y parviendra.

Au contraire, avec les postulats d’une telle méthode, c’est comme si nous mettions des lunettes déformantes sur les yeux, alors qu’à l’œil nu, nous irions plus au fond des choses.

Ces méthodes amenaient, par exemple, à regarder les Rifains comme une population curieuse, un phénomène sui generis, alors qu’un simple coup d’œil sur leur passé et sur leur société actuelle, nous les présente comme une collectivité humaine, offrant le même comportement que n’importe quel autre peuple méditerranéen, pénétré du sens de l’universel ; cultivant les mêmes valeurs qu’on retrouve chez tout groupe attaché à son territoire, épris de ses libertés.

à suivre – 1ère partie

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