Au terme des législatives du 8 septembre 2021 qui avaient donné la victoire au Rassemblement national des indépendants (RNI), au détriment du Parti de la justice et du développement (PJD), balayé par les urnes de la scène politique nationale, après dix années au pouvoir, le Roi avait reçu, le vendredi 10 septembre 2021, le Président du RNI, Aziz Akhannouch, pour le nommer chef de gouvernement et le charger de former le nouvel exécutif gouvernemental.
Moins d’un mois plus tard, le 7 octobre 2021, le Souverain préside la cérémonie de nomination des membres du nouveau gouvernement.
Aujourd’hui, après plus de trois mois au pouvoir, la coutume veut qu’on dresse un bilan d’étape pour évaluer l’action du nouveau gouvernement durant ce premier trimestre, face aux attentes impatientes des électeurs.
On constate alors que, d’une manière générale, des chantiers sont entamés et des défis restent à relever.
On retient un point assez important à mettre à l’actif du gouvernement, celui de la signature de la Charte de la majorité, un cadre institutionnel et de référence définissant les modes de fonctionnement et de coopération entre les différentes institutions gouvernementales, parlementaires et partisanes
Autre point positif : une trentaine de projets d’investissements conventionnés approuvés pour 22,5 milliards de DH et plus de 11.300 emplois directs et indirects. C’est le bilan des 4 premières Commissions des investissements qui se sont réunies depuis l’installation du nouveau gouvernement.
Citons aussi le joli cadeau de fin d’année. Lors du Conseil de gouvernement du 23 décembre 2021, Aziz Akhannouch a annoncé l’activation de l’engagement du gouvernement visant à assainir les arriérés des crédits de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au profit des entreprises du secteur privé. Dans le cadre de cet engagement gouvernemental, une enveloppe de 2,5 milliards de dirhams a été mobilisée pour régler les arriérés des crédits TVA.
Par rapport à la Loi de Finances 2022, si le gouvernement la considère comme un budget pour la relance de l’économie nationale, pour bon nombre d’opérateurs économiques et d’économistes, elle s’inscrit plutôt dans la continuité de la politique budgétaire des exercices antérieurs et manque d’audace.
D’autre part, après son installation, le nouveau gouvernement, qualifié de proche des milieux des affaires, s’est empressé de dépêcher ses membres pour rencontrer les opérateurs économiques, essentiellement dans le cadre de la CGEM. Objectif : faire des annonces en ce qui concerne les chantiers sur lesquels travaille l’Exécutif pour favoriser la relance de l’économie nationale, malmenée par la douloureuse épreuve de la pandémie, et l’amélioration de l’environnement des affaires.
L’exécutif mise, aussi, sur les programmes «Awrach» et «Forsa» pour promouvoir l’emploi et la création d’entreprises.
«Awrach», doté de 2,25 milliards de DH, vise la création, en 2022 et 2023, d’une activité professionnelle temporaire au profit de 250.000 personnes, et «Forsa», avec un budget de 1,25 milliard de DH, ambitionne de créer et accompagner, sur une période de 5 ans, 12.000 entreprises.
Néanmoins, le gouvernement Akhannouch est très attendu sur nombre de dossiers stratégiques et urgents : réforme du système éducatif, revalorisation du secteur de la Santé, protection sociale, lutte contre le chômage, entre autres. En plus, les électeurs sont à l’affût de décisions et mesures concrètes de nature à améliorer leur quotidien et à atténuer les conséquences fâcheuses d’une pandémie qui dure et perdure, impactant lourdement leur vie aussi bien sur les plans économique et social que psychologique.
Ces citoyens sont à l’affût pour savoir si les promesses qui leur ont été faites durant la campagne électorale ont-elles une chance d’être honorées, sachant que l’exécutif peine encore à créer la différence et le changement qu’il avait promis pendant les élections.
D’autant plus que la communication n’est pas le point fort du gouvernement Akhannouch qui se limite à quelques points de presse expédiés par son porte-parole. L’absence du chef de gouvernement dans les supports médiatiques est mal comprise. On critique l’absence d’initiatives de communication de la part du chef du gouvernement qui est quasiment absent lorsqu’il faut expliquer diverses mesures et procédures gouvernementales, ou fournir des éclaircissements concernant un ensemble de dossiers controversés et de décisions prises par le gouvernement.
C’est par d’autres voix donc que l’on sait que l’immense chantier de la généralisation de la protection sociale est sur les rails, mais beaucoup de réglages restent à faire, comprenant la généralisation de l’assurance maladie obligatoire de base, l’extension des allocations familiales aux ménages qui n’en bénéficient pas, l’élargissement de l’assiette des affiliés aux régimes de retraite et la généralisation de l’indemnisation de la perte d’emploi, ce projet est censé être pleinement opérationnel à l’horizon 2025….
De l’avis du politologue Mustapha Sehimi qui livre sa lecture de ce premier bilan d’étape, le test pour le gouvernement Akhannouch sera de voir s’il est en mesure de porter et d’incarner les réformes qui sont à l’ordre du jour. Cela implique une gouvernance différente de celle pratiquée jusqu’à présent et une communication politique pour s’assurer l’adhésion des citoyens. «L’erreur à éviter est de se cantonner aux réformes technocratiques sans les insérer dans une vision politique», souligne M. Sehimi.
Toujours est-il que, de notre point de vue, et d’ une manière générale, on peut considérer que ce premier trimestre du gouvernement Akhannouch est plutôt positif et que les quelques détails relevés lors de ce premier bilan d’étape finiront par entrer dan l’ordre.
Autre handicap de taille à ne pas négliger, celui de la pandémie du Covid 19 et ses variants Delta et Omicron qui apportent un frein à toute les initiatives et entravent l’évolution de tous les secteurs sanitaires, économiques et sociaux.
Malgré toutes les bonnes volontés du monde, il s’agit d’un handicap insurmontable, à terme…!
Par le Docteur Abdelhak BAKHAT

























