Le 8 septembre 2021, jour des élections générales législatives au Maroc, le scrutin, marqué par un taux de participation en forte hausse (50,35 %), s’est déroulé dans des circonstances normales.
Pourtant, fait inattendu, un séisme a secoué les urnes, mettant au tapis le parti islamiste au pouvoir pendant les deux précédents mandats, celui de la Justice et du Développement qui a encaissé une déroute historique, dégringolant de 125 sièges dans l’assemblée sortante, à 12 seulement.
Comble de l’ironie, le PJD a dû une partie de ses sièges au nouveau quotient électoral qu’il a pourtant combattu de toutes ses forces et qu’il a même qualifié de non-démocratique et d’anticonstitutionnel !
Alors que médias et analystes jugeaient que le PJD jouerait encore les premières places. l’’ampleur de la défaite des Islamistes a grandement surpris.
Le parti de la Lampe a été très largement devancé par deux partis libéraux : le Rassemblement national des indépendants (RNI) arrivé en tête avec 97 sièges et le Parti Authenticité et Modernité (PAM), avec 82 sièges, sur un total de 395.
Le RNI et ses alliés ont ainsi confirmé le fait qu’avec le travail, la vigilance et une forte dose de sérieux, on peut arriver à restaurer la confiance des électeurs
L’électeur marocain a donc tranché pour les partis en qui il fonde aujourd’hui l’espoir du changement, le RNI en premier, mais aussi le PAM, l’Istiqlal, entre autres, qui ont remporté la majorité des sièges de la première Chambre.
Il reste, maintenant, à savoir de quoi sera faite la suite des événements ?
En dix ans, les deux gouvernements dirigés par le PJD ont nommé plus d’un millier de hauts fonctionnaires et des dizaines de milliers de fonctionnaires dans les différentes administrations publiques. Le plus souvent, ces nominations se sont faites non pas sur la base de la compétence et du mérite, mais selon des critères d’appartenance partisane et familiale et de népotisme ou en contrepartie d’un service politique rendu ou d’échange de bons procédés entre chefs des partis de la majorité.
Maintenant, affirme-t-on, parmi les nouveaux changements, seuls les critères du mérite, de la compétence et des aptitudes professionnelles sont tenus en considération pour accéder aux postes de responsabilité.
Le nouveau gouvernement séduit par sa composition de jeunes, de technocrates et faisant la part belle aux femmes; la nouvelle équipe compte 19 ministres et 5 ministres délégués. Parmi eux, 7 ont été reconduits et occupent principalement des postes au sein des ministères de souveraineté.
La composition du gouvernement Akhannouch a révélé des changements dans un certain nombre de secteurs gouvernementaux, et de procédures
En déroulant la feuille de route de son gouvernement, Aziz Akhannouch a présenté un programme, pour les cinq prochaines années, basé sur une politique sociale par excellence, peut-on constater.
D’après le Chef du gouvernement, « les partis politiques sont capables de réinstaurer la confiance dans le travail politique, avec la proposition de solutions et de programmes sociaux crédibles, abordant les véritables priorités des citoyens »et de la valorisation du capital humain.
Principal projet sur la table : la mise en œuvre du chantier de la généralisation de la protection sociale, conformément à la vision Royale.
Le second pilier repose sur les investissements importants prévus dans le secteur stratégique de la Santé. Le Projet de loi de finances 2022 prévoit ainsi 9 MMDH de crédits supplémentaires pour les secteurs de la Santé et l’Education, dont 5 MMDH seront alloués à la mise à niveau des hôpitaux et les centres de formation des enseignants et les établissements universitaires en priorité.
Le troisième pilier concerne la réforme de l’Ecole publique et sa réhabilitation pour qu’elle soit attractive et pépinière de compétences futures.
On estime que, d’une manière générale, le projet de loi de finances 2022, devrait contribuer à rattraper les « dix années perdues, en tablant sur une croissance économique de 3,2%. Les ressources fiscales devront augmenter de 27 milliards de dirhams (MMDH) et les financements innovants devront générer 12 MMDH alors que les recettes de privatisation devront mobiliser 8 MMDH dans le budget de l’Etat. Le PLF table sur un déficit budgétaire de 5,9%, contre 6,2% au titre de le loi de finances 2021 et sur la création de 250.000 postes d’emploi directs en deux ans à compter de 2022. Le PLF vise également à insuffler une nouvelle dynamique au programme « Intelaka », à travers notamment le lancement du programme « Al Forssa » qui ambitionne d’accorder 50.000 prêts en 2022 avec une enveloppe globale estimée à 1,25 MMDH. Il propose de revoir à la baisse l’impôt sur les sociétés (IS) à 27% au lieu de 28% pour les entreprises industrielles dont les bénéfices sont inférieurs à 100 millions de dirhams (MDH). Le taux de cotisation minimale devra passer de 0,5% à 0,45%. Le PLF prévoit aussi d’allouer un budget annuel de 500 MDH aux associations œuvrant dans le domaine du handicap à partir de 2022 et un montant de 250 MDH sera alloué en 2022 pour accompagner les crèches.
Le projet de loi de finances 2022 est sans doute le premier test sérieux pour le nouveau gouvernement mené par Aziz Akhannouch.
Un défi de taille dont semblent être conscients les nouveaux gouvernants qui, souhaitons-le, seront à la hauteur de leurs promesses électorales qui ont métamorphosé le champ politique marocain…
Dr Abdelhak BAKHAT

























