Nommé au mois d’octobre dernier « Envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara », le diplomate italo-suédois Staffan de Mistura a effectué, du 12 au 19 janvier 2022, une première tournée dans la région, rencontrant, pour la première fois, l’ensemble des protagonistes du dossier.
Cette visite a pour but de relancer les négociations à l’arrêt depuis 2019 et remettre les différentes parties concernées autour de la table des discussions pour trouver une solution politique à ce «conflit régional», dont les quatre parties concernées sont identifiées nommément au paragraphe 4 de la résolution 2602 du Conseil de sécurité: lé Maroc, ll front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie.
Au terme de cette tournée, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a réaffirmé, lors d’une conférence de presse consacrée au problème du Sahara, la centralité du processus politique exclusivement onusien. Nous y reviendrons à la fin du présent article retraçant le premier périple du diplomate Staffan de Mistura dans la région du Maghreb.
Commençons par Rabat où De Mistura est arrivé le 12 janvier. Il s’est entretenu le lendemain avec le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita lors d’une séance de travail à laquelle a participé le représentant permanent du Royaume du Maroc auprès de l’ONU, Omar Hilale, et le directeur des Nations unies et des organisations internationales, Redouane El Housseini. Une discussion où les trois diplomates ont réaffirmé les positions inchangées du Royaume.
Lors de ces entretiens, la délégation marocaine a réitéré les fondamentaux de la position du Maroc, telle que rappelée dans les discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à l’occasion des 45ème et 46ème anniversaires de la Marche Verte, rappelant que le Souverain avait réaffirmé l’attachement du Royaume à la reprise du processus politique conduit sous l’égide exclusive de l’ONU pour parvenir à une solution politique sur la base de l’Initiative marocaine d’Autonomie, dans le cadre du processus des tables rondes, en présence des quatre participants.
Staffan de Mistura s’est également entretenu avec différents représentants des missions diplomatiques présentes au Maroc. Pour l’émissaire onusien, ces entretiens étaient à la fois une occasion de recevoir des informations supplémentaires mais aussi établir un bilan du travail des missions diplomatiques les plus influentes sur ce dossier au Maroc, à l’image des Etats-Unis ou de la France.
En revanche, il ne s’est pas rendu sur le territoire du Sahara Marocain, car, selon des sources diplomatiques, pour l’instant, il n’a pas demandé de visiter la zone litigieuse, souhaitant réserver cette visite pour de futurs voyages,
La deuxième étape de son voyage effectué à bord d’un avion mis à sa disposition par le gouvernement espagnol, a conduit l’émissaire onusien Staffan de Mistura dans les camps de Tindouf où il a rencontré, le 15 janvier. des représentants du Front Polisario dont son secrétaire général, Brahim Ghali qui a réitéré la disposition de son mouvement à s’engager dans le processus des pourparlers menés sous l’égide de l’ONU. Ensuite, lors d’une conférence de presse, Khatri Addouh, responsable de l’organisation politique du Polisario a remis en question la possibilité que l’envoyé onusien réussisse sa mission. «L’envoyé personnel des Nations unies n’ira pas loin dans la recherche d’une solution pacifique et juste à la question du Sahara, sans intervention ferme du Conseil de sécurité et l’Assemblée générale des Nations unies, contre l’attitude manipulatrice et cynique du régime marocain», a-t-il déclaré, accusant le Maroc de «toujours chercher à imposer ses conditions aux envoyés personnels de l’ONU et même à l’actuel secrétaire général pour déterminer la forme ou la manière des efforts et celle des négociations».
Khatri Addouh a exclu que de nouvelles dates pour les négociations soient fixées dans un proche avenir, dénonçant «la manipulation continue du Maroc et le soutien continu de ses amis». Il a aussi rappelé que De Mistura n’a pas visité le Sahara : «Nous ne croyons pas que l’envoyé personnel des Nations unies puisse couvrir toutes ses préoccupations à l’égard de la question, sans visiter [ces] zones, d’autant plus qu’elles sont la principale préoccupation des Nations unies, comme elle est responsable du territoire et c’est là que se trouve le quartier général de la MINURSO», a-t-il dit.
Dans ce sens, Addouh a souligné que «toute action des Nations unies qui exclut» le Sahara et les Sahraouis «sera incomplète».
Dans la soirée du dimanche 16 janvier, l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies au Sahara, Staffan De Mistura est arrivé en Mauritanie où il a été reçu à l’aéroport de Nouakchott par le directeur général de la Coopération multilatérale au ministère mauritanien des Affaires étrangères, de la coopération et des Mauritaniens de l’extérieur, Mohamed El Amine Ould Moulay Ali.
Lundi, l’envoyé onusien a été reçu par le Président mauritanien Mohamed Ould El Ghazouani, en présence du ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Mauritaniens de l’extérieur, Ismail Ould Cheikh Ahmed, du directeur de cabinet du Président de la République, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, du Coordonnateur résident du système des Nations unies en Mauritanie, Anthony Kwaku Ohemeng Boamah et de l’adjointe de l’Envoyé spécial de l’ONU Sharon O’Brien.
C’est à Alger, qui fait traditionnellement office de première étape des tournées régionales des émissaires onusiens, que Staffan de Mistura a clôturé sa tournée, mercredi 19 janvier. Il s’est ainsi entretenu avec Amar Belani, envoyé spécial chargé de la question du Sahara et des pays du Maghreb.
Un communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères a indiqué qu’au cours des entretiens, la délégation algérienne a «réaffirmé, la position de principe de l’Algérie, aussi bien sur la question de fond que sur les aspects liés au format», insistant, en particulier sur « la nécessité d’engager, lorsque les conditions seront réunies, des négociations directes, de bonne foi et surtout sans conditions préalables entre les deux parties au conflit, (le Front Polisario et le Maroc) qui sont identifiés en tant que tels dans les résolutions du Conseil de Sécurité».
Rappelant l’appel de l’Union Africaine (UA) du 9 mars 2021 au Maroc et au Front Polisario pour reprendre les négociations, Amar Belani a insisté, en outre, sur «la nécessité de prendre en compte l’impératif incontournable du libre exercice par le peuple sahraoui de son droit imprescriptible à l’autodétermination quels que soient les processus envisagés».
«La délégation algérienne a également souligné l’importance de réactiver et de revitaliser le plan de règlement conjoint de 1991 (ONU-OUA), en tant que seul accord accepté par les deux parties au conflit et endossé, à deux reprises, par le Conseil de Sécurité.
Par la suite, Staffan De Mistura a rencontré, jeudi, le chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra. «J’ai reçu l’envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, Staffan De Mistura, à l’issue de sa tournée qui l’a conduit à rencontrer les deux parties du conflit, le Maroc et la République sahraouie, ainsi que les deux pays voisins, la Mauritanie et l’Algérie. Je lui ai renouvelé la ferme position de notre pays en faveur de la décolonisation de la dernière colonie africaine», a indiqué le ministre algérien sur son compte Twitter.
Dès que son Envoyé personnel pour le Sahara, Staffan de Mistura, a bouclé sa visite dans la région, le Secrétaire général (SG) des Nations Unies, Antonio Guterres a tenu une conférence de presse avec les médias accrédités à l’ONU, pour réaffirmer la centralité du processus politique onusien au sujet de la question du Sahara, ne laissant aucune place à un quelconque autre acteur, ni l’Union africaine, ni la Ligue arabe, ni l’Union européenne auxquelles le Conseil de Sécurité n’accorde aucun rôle dans la question du Sahara Marocain.
En réponse à une question sur cette visite, Guterres a répondu que «Staffan de Mistura a effectué sa première visite dans la région. J’ai bon espoir que le processus politique reprendra à nouveau » dira-t-il, ajoutant « mon message aux parties est qu’un problème qui dure depuis tant de décennies dans une région du monde où nous assistons à des problèmes de sécurité extrêmement graves, où nous voyons le terrorisme se multiplier au Sahel et de plus en plus près des côtes, il est dans l’intérêt de tous de résoudre, une fois pour toutes, ce problème du Sahara. Il est temps que les parties comprennent la nécessité d’un dialogue en quête de solution et pas seulement maintenir un processus sans fin ! ».
Rappelons que la dernière résolution 2602 du Conseil de Sécurité consacre le processus de tables rondes, avec la participation du Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le « polisario », comme cadre unique pour parvenir à la solution politique, réaliste, pragmatique, durable, mutuellement acceptable et de compromis à cette question. Cette résolution réaffirme, en outre, la prééminence de l’Initiative marocaine d’Autonomie comme seule solution sérieuse et crédible à ce différend régional, monté de toutes pièces et maintenu par l’Algérie, contre l’intégrité territoriale de son voisin, le Maroc.
Cette première tournée régionale a été certes l’occasion pour l’émissaire onusien Demistura de se familiariser avec les différentes parties prenantes au conflit. Néanmoins, la tâche demeure assez compliquée étant donné les différents obstacles mis en place et les différentes conditions exigées par les parties : des conditions qui exigent une grande volonté, une révision des positions gratuitement obstinées, une clairvoyance étudiée et une vision propre et non pas dictée, pour être réunies. Il est souvent dangereux d’emprunter des chemins difficiles en écoutant certains qui ne cherchent que leur intérêt en manipulant les autres, au lieu d’opter pour un chemin facile et direct conduisant à son propre intérêt.
Les principaux protagonistes posent, en effet, différentes conditions. Le Polisario et l’Algérie ont déjà indiqué qu’ile ne prendront plus part à la formule des «tables rondes». Le Maroc, par contre, exige la présence d’Alger dans tout processus de négociations. «Sans l’Algérie, il n’y aura pas de dialogue», avait averti, en août, le représentant du Royaume à l’ONU, Omar Hilale.
Dans un entretien diffusé par la télévision publique algérienne, Brahim Ghali a annoncé que le Polisario rejetait les tables rondes des Nations-Unies. Selon lui, ce dossier ne doit pas être examiné par l’ONU mais par l’Union Africaine (UA). Le chef du Polisario estime que lesdites Tables rondes doivent se limiter au Maroc et au Polisario, sans la participation de l’Algérie (principale partie prenante à ce conflit), ni de la Mauritanie.
Le vrai travail, de terrain vient de commencer pour le diplomate italo-suédois
Sahara Marocain: Que peut-on attendre de la tournée régionale Onusienne?

