par le Docteur Abdelhak BAKHAT
Quelle lecture peut-on faire de la nouvelle position inédite de Madrid sur la question du Sahara Marocain ?
C’est la « Voie de la Raison », répondront les sages, obéissant à la faculté qui permet à la personne de connaître, juger et agir conformément à des principes et spécialement de bien appliquer son jugement à l’action, avec bon sens, compréhension, entendement, esprit et intelligence, C’est malheureusement l’absence de ces qualités qui a prévalu, jusqu’au 18 mars courant, , dans le discernement des responsables espagnols quand il s’agissait de prendre position concernant l’affaire du Sahara Marocain, la cause sacrée des Marocains.
En fait, depuis l’organisation de la Marche Verte et la signature de l’accord tripartite Espagne-Maroc-Mauritanie, le 14 novembre 1975 à Madrid, l’ancienne puissance « administrante » espagnole n’a jamais agi en faveur du Maroc en ce qui concerne le dossier du Sahara.
Mais, la goutte qui a fait déborder le vase, c’est l’accueil, au printemps 2021, dans le plus grand secret, du chef des séparatistes du polisario, sous le faux nom algérien de « Benbatoch », pour des soins médicaux en Espagne, qui avait provoqué l’ire de Rabat et le rappel de l’ambassadrice Marocaine à Madrid, Karima Benyaich, pour consultations.
Faisant allusion à cette grosse erreur et reconnaissant l’importance de la question du Sahara pour le Maroc, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a promis que l’Espagne agira désormais «avec la transparence absolue qui correspond à un grand ami et allié (Le Maroc)».
«Notre objectif est de construire une nouvelle relation, basée sur la transparence et la communication permanente, le respect mutuel, les accords signés par les deux parties et l’abstention de toute action unilatérale, à la hauteur de l’importance de tout ce que nous partageons», a affirmé le président du gouvernement espagnol dans un message adressé au Roi du Maroc, ajoutant : «Je vous assure que l’Espagne tiendra toujours ses engagements et sa parole».
On peut donc considérer ce 18 mars 2022 comme un jour exceptionnel puisque Madrid a fini par comprendre la nécessité d’abandonner sa position de neutralité négative vis-à-vis du conflit du Sahara. Après une crise aigüe qui a duré plus d’un an, le gouvernement espagnol s’est finalement rangé du côté de Rabat, en appuyant sa proposition d’autonomie pour le règlement d’un différend qui n’a que trop duré.
C’est en ce 18 mars donc, que le Président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a adressé un message au Roi Mohammed VI, indiquant que « Le Plan marocain d’autonomie pour le Sahara est La base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend»
Relisons-bien : Non pas « l’une des bases », mais « La Base », indique le message qui souligne également « les efforts sérieux et crédibles du Maroc dans le cadre des Nations Unies pour trouver une solution mutuellement acceptable».
Il s’agit là, incontestablement d’un acquis important dans le long processus de parachèvement de l’intégrité territoriale du Maroc, réalisé par la pacifique, patiente et pertinente diplomatie du Royaume dans le dossier du Sahara Marocain.
Il y a un dicton qui dit : « Il vaut mieux tard que jamais… ! », et le revirement spectaculaire du gouvernement espagnol, par rapport à l’Affaire Nationale de tous les Marocains et de leurs frères et amis, arrive pour marquer, souhaitons-le, le début d’une nouvelle ère entre deux pays voisins et compagnons de toujours dans la contribution à la mise en valeur, la stabilité et la sécurité d’une région sensible du globe.
Emboitant aussitôt le pas à son chef de gouvernement, le ministre espagnol des Affaires étrangères, de l’Union Européenne et de la Coopération, José Manuel Albares, a indiqué, le même jour, que «la stabilité et la prospérité de l’Espagne et du Maroc sont intimement liées », ajoutant qu’«aujourd’hui, nous entamons une nouvelle phase de relations avec le Maroc et clôturons définitivement une crise avec un partenaire stratégique ».
Pour le chef de la diplomatie espagnole, « cette nouvelle étape sera basée sur le respect mutuel, le respect des accords, l’absence d’actions unilatérales, la transparence et la communication permanente ».Le ministre espagnol a poursuivi en affirmant que « la stabilité et la prospérité de nos pays sont intimement liées. L’Espagne et le Maroc sont liés par l’histoire et la géographie. Les deux pays sont liés par plus de 16 milliards d’euros d’échanges commerciaux, le Maroc est le troisième partenaire économique de l’Espagne en dehors de l’Union Européenne et nos échanges ont continué à se développer malgré la pandémie liée au Covid-19 » dira le ministre espagnol, précisant que « les exportations espagnoles vers le Maroc ont augmenté de 29% en 2020/2021, que 17 000 entreprises espagnoles ont des relations commerciales avec le Maroc et que 700 sont établies dans le pays voisin alors que plus de 800 000 Marocains vivent en Espagne, parfaitement intégrés et contribuent à la création de notre prospérité » dira le ministre, annonçant que cette nouvelle étape sera développée sur une feuille de route claire et ambitieuse pour garantir la stabilité et la souveraineté, l’intégrité territoriale et la prospérité de nos pays ». M. José Manuel Albares assure que Madrid et Rabat «aborderont cette nouvelle étape avec détermination de relever ensemble tous les défis communs ».
A rappeler, au passage, que le Maroc a noué beaucoup de partenariats avec l’Union européenne (UE). Il bénéficie, depuis 2008 d’un statut avancé avec l’Union Européenne, base d’un partenariat solide. Le Royaume a envoyé à ces pays et à ces organisations un signal fort sur le fait que son intégrité territoriale est non négociable». Grâce à cette politique de fermeté, on constate aujourd’hui un retour positif de la part de ces pays, dont l’Allemagne dernièrement, qui veulent construire des relations durables avec le Maroc, car ils reconnaissent son rôle dans la région.
La réaction du Maroc par rapport à la nouvelle position espagnole, s’est rapidement traduite par un communiqué du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, précisant que le Royaume «apprécie hautement les positions positives et les engagements constructifs de l’Espagne au sujet de la question du Sahara Marocain». Le communiqué de la diplomatie marocaine souligne que les termes du message de Pedro Sánchez au Souverain «permettent d’envisager une feuille de route claire et ambitieuse afin d’inscrire, durablement, le partenariat bilatéral dans le cadre des bases et des paramètres nouveaux, soulignés dans le discours Royal du 20 août 2022».
A signaler que le Président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, compte bientôt effectuer une visite au Maroc, qui sera précédée de celle de son ministre des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la Coopération. José Manuel Albares, une visite à Rabat qui sera la première depuis sa prise de fonction le 13 juillet 2021 et qui devrait coïncider avec le retour à Madrid de l’ambassadrice du Maroc.
Concernant les réactions, à chaud, à la nouvelle évolution des relations entre le Maroc et l’Espagne, plusieurs mouvements ont été enregistrés.
il y a d’abord les Etats Unis d’Amérique qui ont souligné qu’ils partagent la position de l’Espagne sur la question du Sahara Marocain, soulignant que le plan d’autonomie proposé par le Maroc est «sérieux, crédible et réaliste ayant un potentiel clair pour répondre aux aspirations des populations de la région,».
Les réactions venant de l’Espagne sont diversifiées selon les tendances politiques ; certaines versent dans le bon sens, prenant en compte seulement le côté positif visant l’intérêt des deux pays, mais d’autres ne relevant pas de la pensée libre et logique ou s’inscrivant exclusivement dans un duel politique, ne pèsent donc pas lourd dans le jugement de la nouvelle situation.
Par contre, la réponse du polisario est fidèle à l’esprit violent des mercenaires séparatifs qui craignent pour le « bibero » de leurs souteneurs algériens qui, eux, surpris, pris de court, paniqués et décontenancés, se sont dépêchés de convoquer leur ambassadeur à Madrid. On se demande pourquoi ? C’est la grande inconnue !
Comme chacun le sait, le polisario répond généralement par des menaces et de la violence à tout ce qui va à l’encontre des intérêts personnels de ses dirigeants. C’est un coup très dur pour cette bande armée et pour leurs parrains algériens.
Il ne faut exclure aucune réaction stérile de la part de ces deux acteurs car rien de raisonnable ne peut être attendu de ces deux parties de plus en plus marginalisées.
Il n’y a que le sérieux qui paie !!!

