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GAZODUC NIGERIA – MAROC Une réponse pragmatique et «sereine» aux besoins de 13 pays d’Afrique de l’Ouest et à ceux de l’Europe

                         par le Docteur Abdelhak BAKHAT

Le Nigeria, membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP ; en anglais : OPEC), dispose d’énormes réserves en gaz, les premières en Afrique et les septièmes au niveau mondial.
Il y a quatre ans, le Roi du Maroc Mohammed VI et le Président Nigérian Muhammadu Buhari ont convenu d’un méga-projet de transport de gaz le long de la côte atlantique, sur plus de 3.000 km. Un accord entre les deux pays a été signé pour la première fois en 2016.


Le ministre nigérian du Pétrole a déclaré, le 2 mai courant,  que le pipeline serait une extension d’un gazoduc acheminant le gaz du sud du Nigeria au Bénin, au Ghana et au Togo depuis 2010 ; Le ministre a ajouté : « Nous voulons continuer ce même pipeline jusqu’au Maroc le long de la côte », expliquant qu’aujourd’hui « le projet est toujours à l’étude et nous en sommes à la sécurisation du financement.

« Beaucoup de personnes manifestent leur intérêt » dira-t-il.
Or, les choses s’accélèrent depuis le début de la guerre entre la Russe et l’Ukraine et les réserves en gaz de l’Afrique attirent de plus en plus l’attention notamment que l’Union européenne cherche des alternatives à son approvisionnement en gaz par la Russie  à hauteur d’environ 40%, celui de l’Algérie s’avérant nettement insuffisant et problématique,  d’où le réveil du projet endormi de l’acheminement du gaz nigérian au Maroc et de là vers  l’Europe.
La relance de ce projet intervient aussi à un  moment où le Maroc cherche à assurer une sécurité énergétique.
Le projet  jouit d’un grand soutien de la part de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui est

un regroupement politique et économique régional qui réunit le Nigéria, le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Mali, le Niger, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo.

Ainsi, soutenant, leur vision de manière  réfléchie et rassie, le Nigeria et le Maroc sont à la recherche de fonds pour une sécurisation financière leur permettant de concrétiser ce gazoduc dont la réalisation vient d’être relancée avec l’octroi de 14,3 millions de dollars par le Fonds de l’OPEP pour le développement international (OPEC Fund), une somme pour continuer les études de faisabilité du projet.
Ce pipeline entre le Nigéria et le Maroc qui sera long d’environ 3.000 km, si l’on excepte son tracé actuel qui passe déjà au Bénin, au Ghana, au Togo, est appelé à devenir le deuxième pipeline le plus long du monde après celui de la Chine qui est  de 8.000 km.
L’importance du projet de gazoduc entre le Nigeria et le Maroc réside dans le fait qu’il constitue la principale voie de développement et d’intégration à grande échelle et transfrontalière et qu’il s’agit d’un projet stratégique-atlantique visant à améliorer la sécurité énergétique des pays africains et européens, ainsi que d’un carrefour des intérêts énergétiques de plusieurs acteurs internationaux. La vision logique du projet est d’en faire une voie de développement et d’améliorer la vie de près de 400 millions de personnes,

On s’attend donc à ce que les investisseurs se manifestent, dont probablement en provenance des pays du Golfe intéressés par ce mégaprojet dont les premières estimations d’investissements seraient de 25 milliards de dollars.
Bizarrement, les Russes eux-mêmes  seraient intéressés d’investir dans ce projet, a-t-on indiqué.
De son côté, l’Algérie, piquée au vif, s’est dépêchée se mettre de la partie, surtout pour concurrencer le Maroc en tentant de s’accaparer le passage du gazoduc nigérien sur son territoire saharien où le terrorisme bat son plein et surtout  en espérant pouvoir souffler le chaud et le froid en devenant le maître régional  absolu de la distribution du gaz en Europe.
Cette vision utopique et hypothétique n’échappera pas aux  investisseurs, notamment les grandes entreprises qui cherchent la sécurité et la stabilité, sachant que l’aspect sécuritaire dans l’élaboration et la réalisation de ce genre de projet sensible est «crucial». Sans ces assurances, aucun investisseur ne peut  s’engager. Et encore moins avec l’Algérie.

Or, ce qui pèse en faveur de la solution du pipeline Nigéria-Maroc qui est d’une grande importance sur les plans géostratégique, politique et économique, pour les pays de la région, c’est  la confiance et le respect dont jouit le Maroc de la part de ses partenaires africains et européens, pour assurer, sans histoires,  une pérennité dans l’approvisionnement de l’Europe en gaz d’Afrique de l’Ouest.

En outre, le Royaume, pays crédible, leader en matière de coopération Sud-Sud et Sud-Nord et grâce à son positionnement géographique et sa stabilité, peut jouer tranquillement son rôle de pont entre l’Afrique et l’Europe.

Sur le plan national, ce gaz naturel considéré comme une énergie propre sera d’un grand intérêt pour le développement de l’industrie et de l’économie marocaine, d’une manière générale, alors que pour le Nigeria, ce projet géant améliorera considérablement le PIB du pays.
Les pays que traversera le pipeline, quant à  eux,  seront en mesure de produire suffisamment d’électricité pour la consommation intérieure, de créer des activités manufacturières et agricoles, et de multiplier les offres d’emploi et d’améliorer ainsi les conditions de vie des populations.

 

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