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Accusations publiques et silence judiciaire

                 Une déclaration de Mohamed El Hamidi, président du Conseil préfectoral de Tanger-Assilah et membre du Conseil de l’arrondissement de Béni Makada, a provoqué une vive controverse dans les milieux politiques locaux. Lors de ses propos, l’élu a affirmé détenir un document compromettant le président de l’arrondissement de Béni Makada, ce qui a immédiatement suscité débat et interrogation sur le plan juridique et politique.

Au cœur de la polémique se trouve la nature du document évoqué. Si celui-ci contient des éléments avérés et criminels, la loi impose que toute personne en connaissance de tels faits doit les transmettre aux autorités compétentes, et non les rendre publics de manière médiatique. Dans ce cas, agiter l’existence de preuves devant l’opinion publique peut engager la responsabilité de celui qui les détient, notamment pour non-dénonciation ou instrumentalisation politique.

À l’inverse, si le document n’a pas été authentifié, la déclaration publique peut constituer une atteinte à la réputation de l’élu visé, en violation du principe de présomption d’innocence, qui confère uniquement au juge le droit de qualifier les faits et de prononcer une condamnation. Cette dimension légale souligne la limite entre débat politique et exercice du pouvoir judiciaire, et rappelle la responsabilité accrue des responsables institutionnels lorsqu’ils s’expriment publiquement.

La polémique est accentuée par le profil de Mohamed El Hamidi, déjà associé dans le passé à une condamnation judiciaire, ce qui donne un poids particulier à ses déclarations et impose un niveau élevé de prudence et de rigueur.

Sur le plan politique, cette affaire illustre une instrumentalisation du registre judiciaire dans les conflits locaux, où le recours à l’opinion publique se substitue parfois aux procédures légales et fragilise la crédibilité de l’action politique. L’absence de réaction officielle du ministère public alimente l’incertitude et risque de miner la confiance des citoyens dans l’égalité devant la loi.

Pour l’heure, et malgré le silence judiciaire et institutionnel, le président de l’arrondissement concerné demeure pleinement protégé par la présomption d’innocence. L’affaire soulève la question centrale : sera-t-elle arbitre des conflits politiques locaux ou simple instrument de lutte pour le pouvoir ?

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