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Suite à la condamnation à la peine capitale de l’auteur du viol et de l’infanticide du mineur Adnan à Tanger: Divergence d’opinions autour de la peine de mort

Il peut arriver que l’opinion publique qualifie de trop clémente une peine prononcée par la justice  contre un criminel virtuellement pré-condamné par la société à diverses peines plus lourdes.
Aujourd’hui, nous vivons une situation tout à fait contraire à celle-ci, après la condamnation à la peine capitale de l’auteur du détournement, séquestration, viol avec violence et meurtre de l’enfant Adnan Bouchouf, 11 ans, dont le petit corps a été clandestinement enterré par le criminel, à Tanger.
Ce
crime abominable a secoué profondément les Marocains et soulevé une vague d’indignation qui a enflammé les réseaux sociaux où plusieurs internautes ont sollicité la condamnation de l’inculpé à la peine capitale et son exécution.
Or, après le verdict prononcé le 13 janvier 2021 par la Chambre criminelle près la Cour d’appel à Tanger, des militants associatifs et autres intervenants actifs dans le domaine des droits de l’Homme, sont montés au créneau pour dénoncer cette condamnation  et relancer le débat sur la peine de mort.
Ainsi,  ce débat revient avec force, sur la scène médiatique nationale.

La peine capitale a toujours existé au Maroc. Le code pénal marocain prévoit la peine de mort  pour l’homicide aggravé, la torture, le vol à main armée, l’incendie criminel, la trahison, la désertion,  et certains types d’attentat, mais l’on considère que le terrorisme est le délit majeur justifiant la peine de mort.
Entre 1956, date de l’indépendance du royaume, et l’année1993, un total de 198 condamnés à mort  furent exécutés dont le denier était  le commissaire Tabit,  exécuté par balles le 5 septembre 1993 dans une forêt située aux alentours de Kénitra. L’Haj Tabit avait à son actif le viol de 518 femmes.
Depuis lors, les condamnés à la peine capitale  attendent dans le couloir de la mort sans être exécutés.
Les dernières condamnations à la peine capitale non  exécutée, remontent à l’année 2019 lorsque le 18 juillet, trois hommes sont condamnés à mort pour le meurtre commis le 17 décembre 2018, des deux jeunes touristes scandinaves Louisa Vesterager Jespersen, et  Maren Ueland, trouvées décapitées à Imlil, et le 26 juillet, la peine capitale est prononcée contre  les deux principaux accusés dans la fusillade au Café la Crème à Marrakech, qui a causé 1 mort et 3 blessés.
Parler du problème de l’abolition de la peine capitale a été tabou pendant longtemps au Maroc. Néanmoins, de multiples organisations se réclamant des droits de l’homme ont vu le jour, dont la principale entité civile dans le domaine, créée en 2003, est la « Coalition nationale pour l’abolition de la peine de mort au Maroc (CNAPM) ».
Au niveau politique, la situation est paradoxale. Il fut déjà question de présenter le projet de  l’abolition de la peine capitale à un vote au parlement, mais on a appréhendé une âpre bataille politique.
Par exemple, les islamistes modérés du parti de la justice et du développement (PJD), soutiennent ouvertement le maintien de la peine de mort dans certains cas, s’appuyant en cela sur leur référentiel idéologique inspiré de la chari3a islamique
Par contre, d’autres  partis et militants des droits de l’homme estiment que le débat sur la peine de mort doit tenir compte du droit à la vie cité à l’article 20 de la Constitution qui dit que « Le droit à la vie est le droit premier de tout être humain».
Certains modérés font valoir des conventions internationales et régionales, affirmant que le principe du droit à la vie ne serait nullement en contradiction avec la peine de mort, mais il est soumis à des règles et des conditions.
Pour revenir au problème qui continue de préoccuper l’opinion publique, celui de la condamnation à la peine capitale du criminel auteur du détournement, de la  séquestration, du viol avec violence et de l’assassinat du petit Adnane Bouchouf à Tanger, le débat sur la peine de mort revient sur la scène médiatique avec la montée au créneau de militants associatifs et autres intervenants très actifs dans le domaine des droits de l’homme.
Pour Ahmed Assid, professeur de philosophie, connu comme étant un  progressiste convaincu et un militant amazigh : « la pire sanction que mérite « le monstre de Tanger » ne sera pas la peine capitale, mais l’emprisonnement à perpétuité, sans nul recours, ni grâce ; pour qu’il soit vraiment puni pour son acte atroce, le mis en cause doit rester vivant !», estime Assid, ajoutant « les adeptes de la peine de mort seraient des barbares qui ont les mêmes gènes que celles existant chez le tueur de Adnane».
Cette dernière  réaction n’a pas tardé à faire réagir la toile. La plupart ont désapprouvé vivement les propos d’Assid, certains estimant que tout débat sur le sujet doit se faire dans le calme et en toute responsabilité.
Avançant plusieurs arguments, les anti-peines de mort insistent sur le côté cruel et inhumain de ce châtiment qui relève de la vengeance et non de la justice. Le député Omar Balafrej  estime que «la peine de mort est un châtiment injuste, contraire aux valeurs universelles des droits de l’Homme pour lesquelles le Maroc s’est engagé».
Najat Razi, ex-présidente de l’Association pour la défense des droits de la femme (AMDF), estime, pour sa part,  que «la peine de mort n’a aucun effet dissuasif et qu’il faut plutôt investir dans d’autres aspects outre que répressifs pour lutter contre la criminalité».
Sur le plan psychologique, des experts insistent sur la nécessité d’analyser la personnalité de ce type de criminels pour les maîtriser avant qu’ils ne passent à l’acte. «Généralement, les criminels qui commettent ce genre de crimes sont eux aussi victimes de plusieurs maux comme la pauvreté, la violence, la pédophilie ou d’autres injustices. Ils sont le plus souvent dans leur vie quotidienne agressifs et marginalisés.
Ce qui ne serait  pourtant pas le cas du tueur de l’enfant  Adnane Bouchouf, souligne le sociologue  Hassan Mouâtassim, qui affirme  que ce condamné n’a aucun antécédent judiciaire et serait  issu d’un milieu qui n’est pas défavorisé : « Au contraire, il a un niveau d’instruction supérieur et dispose d’un revenu grâce à un emploi stable  dans la zone industrielle de Tanger», affirme le sociologue, estimant que « le fait de condamner ce coupable à mort et l’exécuter va soulager la famille de Adnane pour un certain temps, mais leurs souffrances ne vont jamais disparaître !».
Mouâtassim insiste sur la nécessité de travailler sur tous les aspects pour lutter contre la criminalité».
En attendant, la question reste posée : « Faut-il abolir la peine de mort ? Faut-il respecter le droit à la vie d’une personne qui n’a pas respecté celle de sa victime ? Qui doit trancher ?

 

Dr. Abdelhak Bakhat

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