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Le Boycott… Où en est-on, un Mois Après ?

Le Boycott… Où en est-on, un Mois Après ?

01-06-2018 à 16:04:07

Nous avons déjà abordé ce sujet au début de la campagne de boycott lancée le 20 avril dernier sur les réseaux sociaux, contre l’eau minérale Sidi Ali, le lait de la Centrale Danone et les carburants de la société Afriquia.
Aujourd’hui, plus d’un mois après, nous y revenons pour tenter de savoir si ce mouvement atypique a atteint les objectifs escomptés ?
Sous-estimée au départ, cette campagne a pris de l’ampleur au fil des jours, essentiellement sous deux hashtags : « Mou9ati3oune » et « Khalih Yerib », allusion faite au lait.
S’agit-il d’une première dans l’histoire de la consommation au Maroc ? Comment a-t-elle démarré? Que vise-t-elle au juste? A-t-elle eu un impact sur les ventes des entreprises concernées et sur l’économie nationale ? Quelles réactions officielles ou officieuses a-t-elle engendré ? Mais il y a aussi une question récurrente, celle de savoir qui est à l’origine de cette campagne?
En réalité, peu de gens seraient en mesure d’affirmer avoir la bonne réponse à cette question. Alors que certains y voient une instrumentalisation de la population visant des personnalités politiques comme Aziz Akhannouch, les boycotteurs affirment qu’il s’agit plutôt d’un réel ras-le-bol citoyen, tirant son origine de la hausse des prix et de la baisse du pouvoir d’achat, reprochant à trois entreprises considérées comme leaders dans leurs secteurs d’activité, de commercialiser des produits de grande consommation à des prix hors norme : l’eau vendue à 6 dirhams la bouteille de 1,5 litre, le lait à 7 dirhams et les hydrocarbures qui, malgré une chute des cours du pétrole sur le marché international, affichent à la pompe des prix-records se répercutant sur le coût du transport et donc systématiquement sur les prix de revient et de vente des produits de grande consommation populaire, tels que fruits, légumes et matières de base (huile, farine, sucre, etc) .
On pourrait dire qu’en ce 36ème jour de boycott, le mouvement semble toujours en marche et que le risque est de le voir s’éterniser dans une logique de bras de fer insensée jusqu’à se transformer en une véritable cause de société.
D’autre part, si l’on peut supposer que les robustes firmes ciblées n’iront pas jusqu’à la déstabilisation et que les dégâts économiques seront limités, on ne peut que déplorer le manque d’effort de ces mastodontes de donner du laisse pour décongestionner la situation
D’un autre côté, si aujourd’hui les boycotteurs parvenaient à avoir gain de cause en obtenant une révision à la baisse des prix des produits contestés, cela ne risquerait-il pas d’ouvrir la porte , dans l’avenir, à des abus dans la multiplication sur les réseaux sociaux de mouvements incontrôlés de boycott concernant d’autres produits, à tort ou à raison ? Et là l’économie et surtout l’investissement ne seraient- ils pas réellement mis en danger ?
La situation n’est donc pas aussi simple à gérer que cela puisse paraître… !.

En fait, c’est la première fois qu’une mobilisation populaire est menée uniquement sur les réseaux sociaux, quoique le Maroc ait connu ces deux dernières années une série de mouvements de contestation, essentiellement à Al Hoceima et à Jerada.

Avec ses allures de désobéissance civile, le boycott en cours s’avère plus fédérateur puisque les consommateurs marocains se rebiffent en masse, dans une démarche solidaire, faisant tache d’huile avec le soutien d’une majorité silencieuse qui considère qu’elle est «trahie par les politiques au profit des lobbies économiques».

Il faut dire que le comportement et les propos de certains responsables qui ont versé de l’huile sur le feu, n’aident pas à calmer les esprits.

Par exemple, interpellé au parlement au sujet de cette campagne populaire, le ministre de l’Economie et des Finances Mohamed Boussaid n’a fait qu’alimenter la colère des internautes en affirmant : « Nous nous devons d’encourager l’entreprise et les produits marocains, contrairement à ce que font certains étourdis (mdawikh) », un mot de trop assimilé à une injure.

Aziz Akhannouch, quant à lui, tentant de minimiser l’impact du boycott, a qualifié le mouvement d’« une campagne virtuelle décalée de la réalité ».

Quant au chef de gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, il s’est, à chaque fois, montré plutôt évasif sur la question, donnant l’impression de se dérober ses responsabilités.

El Othmani qui affirme avoir entendu les doléances du peuple, se désolidarise des ministres gaffeurs et appelle les entreprises à veiller à la préservation du pouvoir d’achat des Marocains.

A-t-il le pouvoir de faire autrement dans un marché libéral dans lequel les agents économiques (entreprises, individus) ont la liberté de vendre et d'acheter des biens, des services et des capitaux, sans contrôle de l’Etat ?
L’ancien secrétaire général du parti justice et développement (PJD) et précédent chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, et le ministre de l’Emploi, Mohamed Yatim, du même parti, affirment, quant à eux, «ne pas comprendre le boycott de produits alimentaires dont les prix n’ont pas augmenté».

Pourtant, trop tôt ou très hâtivement peut-être, des doigts accusateurs ont montré Abdelilah Benkirane comme étant derrière le déclenchement de cette campagne dans l’objectif de freiner la lancée de Aziz Akhannouch et de son parti, le rassemblement national des indépendants (RNI), principal concurrent pour les prochaines législatives.

Cette thèse factuelle n’a cependant pu être vérifiée, quoique Benkirane a toutes les raisons d’en vouloir à Akhannouch depuis le blocage des négociations avortées de formation du gouvernement Benkirane 3 qui ne verra pas le jour.

Abdelilah Benkirane a également des raisons d’en vouloir à Meriem Bensaleh, patronne de Sidi Ali et présidente de la confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) qui a toujours constitué une sorte de rempart face à la montée islamiste dans le monde du business.

Malgré tout cela , la piste Benkirane est d’autant plus compliquée à envisager du fait que le mode opératoire du mouvement de boycott ne semble pas répondre totalement aux méthodes des islamistes.
Il reste pourtant une autre piste non négligeable, à examiner, celle des concurrents des trois entreprises ciblées.

Dans la foulée, on retiendra aussi l’entrée en scène des agriculteurs qui ont saisi l’occasion pour exprimer leur sentiment d’injustice face à la politique de prix à l’achat des firmes laitières : «ils nous achètent le litre de lait entier à 3 dirhams pour le revendre à 7 dirhams, après l’avoir vidé de sa crème et de son beurre», tel est leur message essentiel.

Du côté des entreprises ciblées, on notera d’abord une politique de « motus et bouche cousue » ou des sorties corrosives.

Ensuite, Centrale Danone a réussi à provoquer l’ire des internautes par les propos de son directeur des achats, Adil Benkirane – encore un – qui a traité les boycotteurs de « traîtres à la nation », et qui s’excusera trop tard.

Alors que le mal était déjà fait, des dirigeants de la Centrale viendront à la rescousse pour s’excuser à leur tour, annonçant «à tous les citoyens qui se sont sentis offensés, que les propos de leur directeur des achats ne reflètent pas la position de l’entreprise ! ».

Saisissant l’occasion du mois de Ramdan, Centrale Danone ira jusqu’à proposer son litre de lait à 6 dirhams au lieu de 7, durant tout le mois sacré.

Cela ne semble pas avoir servi à grand-chose puisque de grandes quantités de lait Centrale, demeurent invendues dans les rayons des supermarchés face à un afflux sur les marques concurrentes comme Jaouda ou Jibal.

Côté Sidi Ali, la direction des Eaux Minérales d’Oulmès affirme avoir « pris le temps d’écouter et d’analyser, avec la mesure et le recul nécessaires, les attentes des concitoyens », expliquant qu’en plus des impôts et taxes, le prix de vente de Sidi Ali comprend plusieurs autres charges, ne laissant à l’entreprise qu’un bénéfice de 7%, soit 40 centimes par bouteille d’1,5 L.

Ensuite, la société renvoie la balle au gouvernement, en prônant une T.V.A. réduite à 7%, au lieu de 20% actuellement, ce qui permettrait de baisser le prix de vente final des eaux minérales au profit du consommateur, estiment les patrons de Sidi Ali.

Pour le moment, la barre n’est pas redressée et on continue à remarquer une paralysie dans la vente des bouteilles d’eau minérale Sidi Ali.

Concernant les carburants Afriquia, aucune prise de position des responsables de la compagnie n’a été prise en public, mais, malgré les assurances de Aziz Akhannouch estimant que « le boycott n’aura aucun impact sur la vente », on relève que les stations-services de la société Afriquia sont pratiquement désertées, ce qui porte le manque à gagner à des millions de dirhams par jour.
Du côté du marché boursier, on a vu deux entreprises cotées enregistrer de fortes baisses : Afriquia Gaz (-5,97%) et Centrale laitière (-5,69%).

Quelles leçons pourrait-on tirer de ce boycott populaire pacifique ?
D’abord le mouvement de boycott a démontré l’efficacité redoutable des réseaux sociaux et la fragilité des interfaces classiques (partis, associations, médias, etc.) face à une société devenue, du jour au lendemain, incontrôlable.

Ensuite, l’argumentaire fourni par les entreprises ciblées ne repose sur aucune dialectique convaincante ni sur aucun calcul basé sur une logique des prix.

En conclusion, on pourrait dire qu’en ce 36ème jour de boycott, le mouvement semble toujours en marche et que le risque est de le voir s’éterniser dans une logique de bras de fer insensée jusqu’à se transformer en une véritable cause de société.

D’autre part, si l’on peut supposer que les robustes firmes ciblées n’iront pas jusqu’à la déstabilisation et que les dégâts économiques seront limités, on ne peut que déplorer le manque d’effort de ces mastodontes de donner du laisse pour décongestionner la situation

D’un autre côté, si aujourd’hui les boycotteurs parvenaient à avoir gain de cause en obtenant une révision à la baisse des prix des produits contestés, cela ne risquerait-il pas d’ouvrir la porte , dans l’avenir, à des abus dans la multiplication sur les réseaux sociaux de mouvements incontrôlés de boycott concernant d’autres produits, à tort ou à raison ? Et là l’économie et surtout l’investissement ne seraient- ils pas réellement mis en danger ?
La situation n’est donc pas aussi simple à gérer que cela puisse paraître… !

Par : dr.aBdelhak BAKHAT





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