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Campagne de boycott de la Centrale Laitière, Sidi Ali et Afriquia L’argumentaire

Campagne de boycott de la Centrale Laitière, Sidi Ali et Afriquia L’argumentaire

18-05-2018 à 14:03:50

Le 20 avril dernier, les réseaux sociaux ont été « super actifs » et « très excités » dans leurs partages et commentaires du slogan «Boycottons les produits de la Centrale Laitière, l’eau minérale Sidi Ali et les carburants de la société Afriquia !».

Cette campagne semble refléter la colère des consommateurs qui jugent exorbitants les prix de vente pratiqués par ces trois groupes leaders au Maroc.

De par les proportions qu’elle a prises et les débats qu’elle a suscités, cette campagne de boycott lancée à la veille du mois de Ramadan, donne lieu à réflexion sur trois questions qui divisent l’opinion publique allant parfois jusqu’à dégénérer en véritables affrontements oratoires…

La première question consiste à savoir si cette campagne est réellement spontanée et populaire, et si elle est juste?
En guise de réponse, il faut d’abord relever que ceux qui ont lancé le boycott n’ont pas dévoilé leur identité utilisant des réseaux sociaux qui, pour une raison ou une autre, avancent à visage masqué tout en affirmant qu’on agit au nom du peuple.
La moralité qu’on peut en tirer, c’est que lorsque les auteurs d’une action ne l’assument pas, le doute s’installe pour devenir légitime et les questions fusent comme par exemple celles, entre autres, de savoir qui est derrière cette initiative ? Quels en sont les véritables objectifs ? Pourquoi ces 3 marques en particulier ? S’agit-il de règlements de comptes, d’instrumentalisation politique ? d’un fait de la concurrence en cette veille du mois sacré, etc.
Certes, l’appel au boycott a été suivi par 79% de la population, parce qu’il a touché un point sensible chez le citoyen réellement confronté à la cherté de la vie et à la difficulté, de plus en plus insurmontable, à accéder à un pouvoir d’achat.

Mais un constat s’est vite imposé dévoilant que les arguments de ceux qui soufflaient sur le feu ne tournaient pas seulement autour de la cherté de la vie. La violence du discours était parfois sidérante, avec des attaques non plus seulement contre les produits, les prix, ni les marques, mais contre les personnes, leurs institutions et leur rôle, réel ou supposé, dans la prise de décisions économiques et/ou politiques du pays.

Et c’est là où l’on arrive à la deuxième question concernant les réactions à cette campagne qui sont, tantôt maladroites, tantôt opportunistes, tantôt insidieuses et malveillantes.
On a ainsi vu, tout à coup, se former sur les réseaux sociaux et dans la rue, une ligne de démarcation, quasiment imposée, entre deux tendances, l’une adhérent avec le peuple pour appuyer, par conséquent, l’appel au boycott, et l’autre politisant le mouvement de boycott.

Le premier camp continue d’user de tous les moyens (populisme, caricatures, menaces, sanctions même…) pour que la machine s’emballe et que le boycott mette à terre les 3 entreprises ciblées. Cela est exprimé très franchement et en toute clarté dans des vidéos et messages audio balancés sur la toile. Les termes utilisés sont parfois très durs…

Le deuxième camp admet, certes, que la cherté de la vie devient insupportable pour la majorité des foyers, mais pose d’autres questions pour savoir d’abord, si l’initiative a-t-elle réellement été lancée pour défendre le peuple et ses couches les plus défavorisées ? Cette catégorie des plus défavorisés boit-elle vraiment l’eau minérale ? A-t-elle un véhicule pour user de carburant ? Consacre-t-elle un gros budget au lait ? Et quand bien même ce serait le cas, pourquoi spécialement ces 3 marques ? Ont-elles effectivement le monopole au Maroc des produits qu’elles commercialisent ?
Ces questions nous conduisent à une autre plus directe : celle de savoir si la campagne ne serait-elle pas le fait d’un règlement de compte entre courants politiques ?
On assistera ainsi à des réactions parfois maladroites, mais aux effets calamiteux. Comme celle du ministre des Finances qui a qualifié les boycotteurs d’inconscients (midawekh), provoquant l’ire générale, alors que son utilisation de ce terme, a-t-il dit plus tard, était juste une maladresse.

Ou encore, la grosse gaffe du cadre de Centrale Danone qui s’est adressé aux « visages masqués qui instrumentalisaient le boycott », leur reprochant de « trahir leur pays ». Ces propos ont été reçus comme une insulte adressée à tous les boycotteurs, même ceux de bonne foi.

Mais, il y a eu également des réactions d’«opportunistes» qui ont ajouté leur petit grain de sel en surfant sur la vague ; des associations qui ne se sont jamais intéressées aux problèmes du consommateur, mais qui sont aussitôt montées au créneau, investissant les réseaux sociaux pour s’arroger un rôle central dans le mouvement et radicaliser le débat, ou encore des têtes d’affiche du monde des arts et du spectacle qui se sont empressés d’apporter leur soutien à la campagne, voyant dans l’opération une aubaine pour leur popularité.

Cependant, les réactions qui ont fait le plus mal, sont celles des professionnels de la manipulation politique qui, en plus d’accabler les 3 entreprises sur le plan politique, insinuant que ce sont elles qui décident des prix, ont poussé la harangue plus loin en pointant l’ensemble des décideurs de l’Etat.

Enfin, les dernières réactions, qui n’ont pas aidé à rééquilibrer les débats, sont celles des parties intéressées comme le gouvernement et le parlement qui observent le silence ou une absence de réaction tout simplement.

Car, tout en continuant à boycotter, le citoyen cherche des repères, des explications, des avis, des démentis. Il a cherché, en vain, à être convaincu, jusqu’au lundi 7 mai courant lorsqu’un député a enfin interpellé le gouvernement et dénoncé le silence des officiels entourant la campagne de boycott. Mais, malgré cela, rien de bien convaincant n’a marqué la réponse d’un ministre présent sous la coupole du parlement.

En fait, cette campagne aurait peut-être moins réussi et les 3 entreprises ciblées auraient probablement subi moins de dégâts si les choses avaient été éclaircies par les officiels, de manière subtile et responsable car, on n’éteint pas la colère populaire à coups d’injures ou en observant un silence incompréhensible et surtout preuve d’incapacité à régler les problèmes du pays.

Toutes ces réactions irresponsables n’ont fait qu’aggraver la situation.
Au point où on en est aujourd’hui, on arrive à la troisième question qui a trait aux conséquences de la campagne et on doit s’interroger jusqu’où pourrait aller ce boycott et quelles en seront les répercussions ? Deux points de vue s’affrontent à ce sujet.

Le premier ne veut tenir compte que de l’avis du consommateur. On estime ainsi qu’il faut aller jusqu’au bout de la campagne de boycott. Mais là aussi, les objectifs diffèrent.
Pour les uns, aller jusqu’au bout, c’est poursuivre le boycott jusqu’à ce que les prix des 3 marques baissent
Tandis que pour d’autres, puisque l’arme est efficace, il faudrait aller plus loin et élargir le boycott à tous les autres produits, jusqu’à ce que leurs prix respectifs baissent.

Face à ces jusqu’au-boutistes, se dressent les modérés qui tentent d’appeler à la raison et qui soutiennent qu’ il faut défendre les intérêts du citoyen-consommateur qui pourrait être la 1ère victime, si le boycott détruisait les entreprises nationales qui emploient des milliers de salariés et qui mettent à sa disposition des produits qui étaient, il n’y a pas longtemps encore, importés et donc payés plus cher et en devises…

Les partisans de cet argumentaire font valoir que, si certaines vidéos montrent des produits similaires coûtant moins cher à l’étranger, c’est pour une raison simple : les économies d’échelle permettent de fixer des prix plus bas quand on produit en plus grandes quantités. C’est le cas dans ces pays plus peuplés que le Maroc, ou plus riches, ou plus grands exportateurs. Mais pour d’autres produits, les prix du Maroc sont plus compétitifs. Et le coût de la vie est globalement moins élevé au Maroc que dans des pays comme l’Espagne, la France ou les Etats Unis, entre autres.

Ils recommandent qu’il ne faut pas perdre de vue, non plus, la possibilité que certaines parties tentent de manipuler cette campagne pour porter un coup aux intérêts du pays.

Bizarrement, le journal algérien «Algérie Times» met en garde les Marocains de ne pas tomber dans le piège des services algériens, pour ne pas finir comme les citoyens d’Algérie, qui, affirme le journal, doivent se lever à l’aube et faire la queue pendant des heures, juste pour avoir un sachet de lait en poudre…D’où la conclusion de ce journal qui écrit : contester les prix est légitime, c’est un droit du consommateur. Mais affaiblir l’économie nationale ne l’est pas. Cela ne peut que porter préjudice à tous les intérêts, ceux du pays et ceux des couches marocaines défavorisées que les initiateurs du boycott disent vouloir défendre. Il faut donc savoir jusqu’où aller …mais surtout pas trop loin…conclue «Algérie Times».

Par : le Dr Abdelhak BAKHAT
Ph : DR




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