.:: Le Journal De Tanger  News ::.
Dernières nouvelles :

Vers un Nouveau Paysage Politique ?

Vers un Nouveau Paysage Politique ?

Le 12-04-2018 à 11:47:11

Il est de plus en plus évident que le parti Authenticité et Modernité (PAM), assumant jusque-là le rôle de locomotive à la tête de l’opposition, s’englue de plus en plus dans ses bisbilles internes au point que des parlementaires du parti de la Justice et du développement (PJD) au pouvoir, se voient parfois obligés d’assumer ce rôle dans un esprit d’équilibrer les débats et de poser des problèmes négligés ou ignorés par l’opposition.

Ce recul du PAM sur la scène politique, sachant que son secrétaire général démissionnaire Ilyas el Omari y est pour beaucoup, laisse la place à d’autres partis qui, jusque-là, ne savaient pas encore où se ranger franchement.

C’est le cas du parti de l’Istiqlal qui, percevant la brèche de plus en plus béante au sein de l’opposition, aurait décidé de la colmater en se rangeant aux côtés des partis assumant ce rôle tellement peu marqué en ce moment. Une réelle opportunité se présente à l’Istiqlal pour renouer avec un langage plus percutant à l’encontre de l’exécutif, surtout si la perspective des législatives anticipées se précise.

Jusque-là, le parti de la Balance observait une neutralité qu’exige de lui la fonction de président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) dévolu à son secrétaire général Nizar Baraka. Et pour cause, le CESE est souvent sollicité par le gouvernement ou par les deux Chambres du Parlement pour donner son avis sur des questions de gouvernance..

L’Istiqlal s’apprêterait ainsi à tourner définitivement la page du «soutien critique» au gouvernement, initiée par Hamid Chabat au lendemain des élections communales et régionales du 4 septembre 2015.


Le contexte politique pour opérer un tel tournant est plus que jamais propice pour le parti de la Balance qui a enfin décidé de clarifier sa position et hausser le ton contre le gouvernement El Othmani
Néanmoins, ce basculement pose un sérieux problème pour le secrétaire général du parti Nizar Baraka qui ne sera pas en mesure de concilier entre le prochain positionnement de sa formation et le devoir de neutralité qu’exige de lui sa présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Il faudrait donc tenir compte de cette contrainte de taille : Baraka, à peine élu en octobre 2017, n’aurait pas d’autre alternative que celle de démissionner du secrétariat général du parti.
Ce départ prématuré risquerait de ramener l’Istiqlal à la case départ, sachant que durant les cinq années de Hamid Chabat, les Istiqlaliens ont perdu beaucoup de plumes.

Toujours est-il qu’il faudra attendre le 24 de ce mois d’avril, date de la tenue de la session ordinaire du conseil national, instance faisant office de parlement interne et seule habilitée à décider de l’orientation politique du parti.
Cette hypothèse semble, néanmoins, de plus en plus probable étant donné que la position actuelle consistant à soutenir le gouvernement avait été prise dans un contexte particulier et qu’on ne pouvait pas la changer du jour au lendemain, après le départ de Chabat. D’ailleurs, la réorientation est déjà apparue lors du vote de plusieurs projets de loi, dont le dernier est celui de la loi de Finances où le parti de la Balance s’est abstenu, manifestant ainsi un semblant d’opposition.

L’Istiqlal semble apparemment décidé à changer de position vis-à-vis du gouvernement pour s’acheminer désormais vers «une opposition constructive», estime-t-on au sein du parti.

On serait en droit de se demander quelles sont les raisons qui sont derrière ce changement de position ? La réponse semble avoir déjà été donnée par le secrétaire général du parti, Nizar Baraka qui a dit : «le parti est très peu satisfait des réalisations du gouvernement au cours de cette année. Les réformes sont très timides et l’Exécutif peine à prendre des initiatives courageuses pour entamer les grandes réformes courageuses prévues dans la Constitution».

Pour sa part, le parlementaire istiqlalien, Nourredine Mediane, pointe du doigt une majorité gouvernementale fragile et très peu cohérente. «Comment justifier le fait que la coalition gouvernementale ait attendu une année avant d’adopter la charte de la majorité, alors que dans toutes les démocraties mondiales, ce document est adopté avant même la constitution du gouvernement ?» s’interroge-t-il.

Toutefois, l'Istiqlal n'arrive toujours pas à se positionner clairement sur l'échiquier politique et, bien qu'il se prépare à rejoindre officiellement les rangs de l’opposition, le parti n’écarte pas la possibilité d’entrer en lice pour le poste de président de la Chambre des Conseillers, qui sera à pourvoir dans six mois, annonce Mediane.

Nous pourrions creuser en profondeur en nous demandant si cette décision du parti de la Balance ne conduirait pas le champ politique national à une autre probabilité qui renverserait le fragile équilibre déjà ébranlé par des déclarations impromptues de l’ancien chef de gouvernement et précédent secrétaire général du parti justice et développement ( PJD), Abdelilah Benkirane, et qui nous amènerait nécessairement à des élections législatives anticipées.

Cela ne nous étonnerait pas outre mesure si l’on observe attentivement la scène politique.

On constatera que certains chefs de partis semblent conscients de la situation et ont entrepris prématurément leur campagne électorale.

C’est le cas notamment de Saâdeddine El Othmani, secrétaire général du PJD qui, pas plus tard que la semaine dernière, a fait un véritable show dans la ville de Missour, relevant de la préfecture de Boulemane, où on lui a déroulé le tapis rouge.

Mais, malgré cette apparence, il faut admettre que le parti du Tracteur est pour beaucoup dans le recul de la notoriété du PJD au niveau national, laissant la place libre devant le rassemblement national des indépendants (RNI), seul parti se tenant encore debout.

Cela apparaît clairement dans les démarches successives de son président Aziz Akhannouch qui sillonne les différentes régions du Maroc pour convaincre de la crédibilité de son parti.

Dans le nord du royaume, fort de son éclatante victoire lors des législatives partielles organisées dans la préfecture de Mdiq-Fnideq, le RNI est décidé poursuivre sa conquête du territoire politique d’Ilyas El Omari dans le but de supplanter le PAM dans ses propres fiefs. D’autant que le parti du Tracteur ne cesse de perdre du terrain à cause des luttes intestines qui le rongent depuis quelque temps qui risquent de lui faire perdre ses bases électorales dans plusieurs provinces et villes marocaines, au profit du RNI.

Ainsi, le parti d’Akhnnouch est en passe d’accaparer la gestion de la commune de Targuist dans la province d’Al Hoceima, dont le président PAMiste se trouve actuellement en détention pour corruption et chantage.
Plusieurs sources concordantes estiment d’ailleurs que la popularité du PAM a considérablement baissé dans les régions du nord. Un recul qui est dû à l’échec de la gestion des assemblées communales et provinciales dirigées par les élus PAMistes qui, dans la plupart des cas, n’auraient pas tenu leurs promesses électorales.

C’est ce qui a poussé le groupe parlementaire du RNI à envisager une tournée dans ces provinces, pour expliquer le programme de développement prôné par le parti de la Colombe et intitulé «La voie de la confiance». Une stratégie qui vise à affaiblir le PAM, déjà atomisé par les bourdes de son secrétaire général par intérim, notamment dans sa gestion unilatérale du parti, et la zizanie qu’il a semée quand il est revenu sur sa démission. Une attitude qui va à l’encontre des valeurs pour lesquelles a été créé le parti, qui se voulait une alternative à la prédominance du PJD et au discours populiste des dirigeants du parti de la Lampe qui exploitent la religion à des fins politiques.

Cet amalgame promet des surprises et chaque fois, on se rend compte que le chef du PAM, Ilyas El Omari, n’est pas étranger à cet imbroglio puisque c’est à cause de lui que son parti bat de l’aile, que le PJD descend une pente glissante et que le RNI avance doucement mais sûrement.

Au vu de ces retournements, le champ politique national reste ouvert à moult tractations…et surprises!.

Par : Dr Abdelhak BAKHAT





Partager ceci :
Par : Administrateur
Total Views
Nombres commentaires :
Add comment