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Ilyas El Omari serait accusé de « conspiration contre le Roi et la Nation »

Ilyas El Omari  serait accusé  de  « conspiration contre le Roi et la Nation »

Le 29-11-2017 à 11:44:21

Le Hirak du Rif ne semble pas avoir livré tous ses secrets. En effet, lors de la reprise du procès, mardi 21 novembre courant, à la Cour d’appel de Casablanca, l’un des membres du comité de défense de Nasser Zefzafi, Maître Ishaak Charia, a fait devant le juge une fracassante déclaration, pour le moins inattendue, affirmant que son client, Zefzafi qui souhaiterait être entendu par la Cour, lui aurait confié que le secrétaire général démissionnaire du PAM (parti de l’authenticité et de la modernité) et président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Ilyas El Omari, l’aurait incité à « une conspiration contre le Roi et la Nation » et poussé à revendiquer « un référendum d'autodétermination,».
L’avocat a précisé au juge que son client Zefzafi a refusé de comploter contre la monarchie, malgré l'incitation d'Ilyas El Omari à qui il aurait expliqué que les revendications du Hirak étaient purement sociales"
A sa sortie du tribunal, l’avocat Ishaak Charia a ouvertement confirmé ses propos devant la presse, rendant ainsi cette affaire publique.

Entendues, ces requêtes ont été prises en considération par le procureur général du Roi près la cour d’appel de Casablanca, Me Hassan Matar, qui a ordonné l’ouverture d’une enquête suite aux accusations des avocats de la défense des détenus du Hirak, accusant Ilyas El Omari de «conspirer contre le Roi et l’unité nationale ».

Ainsi, le Bureau central d’investigation judiciaire (BCIJ) devrait entendre le leader du Hirak, Nasser Zefzafi,
Il est également attendu que la police convoque également Ilyas El Omari pour le questionner sur les déclarations imputées au leader du Hirak. A la suite de ces auditions, plusieurs volets sombres de la fronde rifaine pourraient être mis en lumière.

Cependant, pour l’autre membre du comité de défense des détenus du Hirak, Maïtre Mohamed Ziane, «il aurait fallu que la justice entende Nasser Zefzafi lors de l’audience publique, au lieu d’attendre que la police judiciaire, le parquet ou d’autres personnes concernées par le dossier agissent et fassent ce qu’ils veulent, alors que Nasser Zefzafi est en prison ». Et Me Mohamed Ziane d’insister : «Il fallait que le parquet demande au juge d’entendre Nasser Zefzafi», estimant que l’ouverture de l’enquête est une manière «d’éteindre le feu» de cette révélation.

« Pour quelle raison la police judiciaire va-t-elle enquêter ? » s’interroge Me Ziane , expliquant : « Le dossier est entre les mains du juge. Pourquoi Nasser Zefzafi devrait être entendu dans une semaine alors qu’il est emprisonné? S’il était en liberté, on aurait pu trouver ça normal ». Me Ziane rappelle qu’il ne communique plus avec Nasser Zefzafi depuis qu’il a été accusé «d’avoir diffusé sa lettre. « On m’a accusé de l’avoir inventée, alors que c’est bien sa lettre».

Toujours est-il que pour Me Ziane, le procès de Nasser Zefzafi prend aujourd’hui une autre tournure, plus grave. D’après lui, le secrétaire général du PAM aurait cherché à persuader Nasser Zefzafi d’être plus sévère dans ses exigences et revendications, et se serait proposé pour financer le mouvement rifain.

« Ilyas El Omari voulait financer le mouvement populaire du Rif, mais les leaders du mouvement ont refusé. Si le secrétaire général du PAM a cherché à persuader Zefzafi de politiser ses revendications, le leader du Hirak a été catégorique, insistant sur leur caractère social et refusant la proposition du secrétaire général en conséquence», a insisté Me Mohammed Zian ajoutant qu’« El Omari, qui est à la tête de l’un des partis les plus influents du royaume, aurait également incité Zefzafi à demander un référendum sur l’autodétermination, mais il a de nouveau refusé», a-t-il expliqué qualifiant l’affaire de «très sérieuse».

A propos d’une convocation d’Ilyas El Omari au tribunal, Me Mohamed Ziane estime qu’une simple convocation est insuffisante. «Face à de tels éléments, une poursuite judiciaire s’impose», estime-t-il.
D’un autre côté, l’avocat d’Ilyas El Omari, Me Ahmed Arahmouch, du barreau de Rabat, affirme que « ces accusations sont "fallacieuses ».

Le soir même, cet avocat a publié un communiqué exprimant de « la stupéfaction quant à ces graves déclarations » et indiquant qu’ Ilyas El Omari demande «l’ouverture d’une enquête urgente afin d’élucider les circonstances et les objectifs à l’origine de la diffusion de ces informations sans fondement, tout en se réservant le droit de porter plainte ».

Pour sa part, Me Elbouchattaoui considère que "Ce que Isaac Charia a déclaré n’est pas plausible. On ne peut lui accorder de crédit au sein de la défense. Certes, nous souhaitons qu'Ilyas El Omari soit convoqué mais uniquement pour témoigner, parce qu’il est concerné par ce qui se passe dans la région", estime l’avocat, martelant qu’il s’agit de «propos infondés et irresponsables dont nous n’avons jamais entendu parler depuis ces six derniers mois» dira-t-il.

Ainsi donc, c’est un véritable coup de tonnerre qui a éclaté mardi dant la chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Casablanca.
Face à cela, d’habitude plus loquace, Ilyas El Omari s’est contenté cette fois d’un simple communiqué de quelques lignes relayé par ses proches via Facebook.

En attendant, l’opinion publique marocaine se pose plusieurs questions. Pourquoi Nasser Zafzafi s’est tu tout ce temps sur ce présumé complot ? Qu’en est-il réellement de l’action d’Ilyas El Omari dans le Rif ? Quels rôles ont joué ses hommes pendant la fronde du hirak ? Quid de l’influence réelle ou supposée de celui qui préside la région depuis deux ans ? A quoi servent le PAM et ses structures locales, qui contrôlent 34 communes dont le conseil de la ville d’Al Hoceima, fief de la fronde ?
L’enquête en cours, pourrait, sans doute apporter des réponses à ces questions et l’avenir pourrait nous surprendre davantage.

Cependant, il y a des choses qui demeurent incompréhensibles dans cette nouvelle secousse politique, si l’on tient compte du profil apparent d’Ilyas El Omari depuis qu’il a pris une dimension importante dans le paysage politique national. Très proche de Fouad Ali El Himma, lui-même proche du Souverain, El Omari crée avec El Himma le Mouvement pour tous les démocrates (MTD), puis le PAM. Une proximité qui lui vaut de multiples sobriquets dont celui de « marionnettiste », responsable de manigances et autres intrigues. Mais, pour ce qui est de sa relation avec El Himma, El Omari tient à nuancer le degré de proximité qui les lie « Ça fait longtemps que l’on ne s’est pas rencontrés et je ne l’appelle jamais. Je ne suis pas du genre à créer des ennuis à mes amis », explique-t-il, avant d’ajouter : « Je le respecte énormément. Il a mis du cœur dans toutes les responsabilités qu’il a occupées, que ce soit en tant que ministre, leader politique ou conseiller royal ».

Ces propos démontrent indirectement le respect d’Ilyas El Omari pour l’institution monarchique. Comment donc peut-on expliquer aujourd’hui cette volte-face qu’on lui impute ? Il s’agit là d’une pièce qui ne s’emboîte pas logiquement dans le puzzle. Mais, on sait qu’en politique, la logique a peu de place.

A souligner que la chambre criminelle de la Cour d'appel de Casablanca a décidé, dans la soirée de mardi dernier, le renvoi au 28 novembre courant du procès des détenus du Hirak du Rif.
Le procureur général du Roi près cette Cour a indiqué, dans une déclaration à la presse, que "l'audience s’est déroulée dans des conditions normales", en présence de tous les accusés, aussi bien en détention qu'en liberté conditionnelle, et de leurs avocats.
Lors de cette audience, la défense a formulé une série de requêtes se rapportant, notamment, à l'obtention des exemplaires des CD joints aux procès-verbaux de la police judiciaire, la dotation de la salle d'audience d’équipements de projection et la convocation de certains responsables de l’Etat et des rédacteurs des procès-verbaux de l’enquête préliminaire, a-t-il indiqué.

La défense a également demandé la convocation d'intellectuels intéressés dans la région du Rif et des témoins cités dans des procès-verbaux de la police judiciaire et la désignation d'un interprète pour le dialecte rifain, tout en accordant aux avocats des accusés le temps suffisant pour la présentation des vices de forme, a poursuivi la même source.

Les camarades de Nasser Zefzafi sont poursuivis, chacun en ce qui le concerne, de plusieurs chefs d’inculpation, notamment, "atteinte à la sécurité intérieure de l’État", "tentatives de sabotage, de meurtre et de pillage", "réception de fonds, de donations et d’autres moyens matériels destinés à mener et à financer une activité de propagande à même d’attenter à l’unité et la souveraineté du Royaume".

Ils sont également accusés "d’ébranler la loyauté des citoyens envers l’État marocain et les institutions nationales", "la participation à l’organisation d’une manifestation non autorisée" et "la tenue de rassemblements publics sans autorisation".

PH : DR






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