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La Régionalisation avancée entre non-aboutissement et incertitudes

La Régionalisation avancée entre non-aboutissement et incertitudes

Le 29-11-2017 à 11:37:54

La mise en œuvre de la régionalisation avancée piétine et se heurte, depuis son lancement, à plusieurs contraintes. L’effectivité de l’exercice de toutes les compétences, la définition du statut des agences régionales d’exécution des projets et la compréhension même de cette régionalisation par les élus, représentent quelques défis auxquels aucune réponse n’a encore été apportée.
Force est de constater que cette régionalisation présente des incertitudes et risque d’être, à l’instar de certaines précédentes expériences, une expérience non aboutie.

En effet,la régionalisation avancée qui régit, aujourd’hui,le fonctionnement des régions est l’aboutissement d’un processus évolutif qui n’a pas réellement répondu à toutes les attentes des citoyens. On se rappelle bien que la région devenue collectivité locale au terme de la constitution de 1992, autrefois régie par la loi 47-96, devait être un espace fonctionnel de développement socioéconomique intégré, dont les compétences pouvaient favoriser le développement territorial. S’il y a eu effectivement des changements grâce à cette régionalisation, notamment au niveau de l’architecture globale des structures décentralisées, il faut cependant noter que ce processus a connu plusieurs hypothèques dont la lourdeur de la tutelle toujours omniprésente ; des ressources financières insuffisantes ; des ressources humaines peu qualifiées et des compétences quasi insignifiantes. Au final, le résultat de cette expérience ne pouvait qu’être mitigé.

Le passage à une régionalisation avancée, produit d’un conglomérat des expériences étrangères et de la prise en compte des spécificités nationales, était censé apporter un nouvel élan au renforcement de l’efficacité de l’intervention publique pour la satisfaction des besoins des citoyens marocains, au niveau régional. Bien évidemment, cette initiative a, sur le plan théorique, introduit des innovations importantes, notamment la démocratisation du fonctionnement de la région par l’élection de conseils régionaux au suffrage universel ; une dose de liberté de gestion remarquable ; le renforcement de l’autonomie financière des régions et les innovations en termes de gouvernances à travers l’instauration des agences d’exécution des projets régionaux. Au demeurant donc, la régionalisation avancée, sur le plan théorique, a dévoilé une volonté affirmée de dépasser la régionalisation d’apparence érigée par la loi 47-96. Néanmoins, il est évident de constater, aujourd’hui que ce projet novateur piétine et n’avance pas réellement. Plusieurs raisons peuvent être évoquées pour expliquer cette situation.

D’abord, il faut reconnaitre l’impossibilité pour les régions de s’auto-organiser. Certains aspects importants de l’organisation administrative interne des régions sont préalablement fixés par la loi. Et les conseils régionaux n’ont pas de compétences pour procéder à des aménagements ou des modifications de ceux-ci. C’est le cas notamment des commissions permanentes obligatoires et de l’organigramme des régions. Par ailleurs, l’organisation des organes innovants de gestion est prédéterminée par le centre ; ce qui occasionne aujourd’hui des lenteurs dans la définition des statuts des agences régionales d’exécution des projets. Donc, la régionalisation avancée accorde très peu de liberté d’administration aux régions en tant que collectivités territoriales. On se rend compte en fait que les rapports entre le centre et la périphérie régionale sont toujours établis compte tenu de la position du premier sur le second.

L’autre barrière qui bloque toute avancée de la régionalisation est l’incompréhension par les élus de l’esprit de cette réforme décentralisatrice. La complexité et les enjeux de cette régionalisation exigent des compétences révélées en matière de décentralisation, des aptitudes managériales de haut niveau et une présence effective sur le terrain. Or, ce que l’on constate dans certaines régions comme celle de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, , c’est que les responsables régionaux sont quasiment absents, et de surplus, ne correspondent pas au profil attendu pour faire face aux problèmes régionaux de plus en plus complexes et interdépendants.

Ainsi, à défaut d’une remise sur cap immédiate et d’une réflexion sur les nombreuses hypothèques qui pèsent sur la régionalisation avancée, il est fort à parier que cette régionalisation n’aboutisse pas à grand ’chose…Et ce n’est pas souhaitable !

PH : DR

Par : Dr Abdelhak Bakhat






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