News Sortir l’école de la spirale de l’échec ...
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Posté par Administrateur
الثلاثاء 05 سبتمبر 2017 - 15:15:49

Le 05-09-2017 à 15:15:49
Cette nouvelle rentrée scolaire 2017-2018 nous interpelle pour faire un état des lieux de notre système éducatif.
Ce qui nous ramène chaque fois à la réalité, c’est cette question que s’est posée le Roi Mohammed VI : « Est-ce que l’enseignement que reçoivent nos enfants aujourd’hui dans les écoles publiques est capable de garantir leur avenir ?».
Evidemment, la réponse est « non » et le Souverain estime que « La réforme de l’enseignement doit se départir de tout égoïsme et de tout calcul politique qui hypothèquent l’avenir des générations montantes, sous prétexte de protéger l’identité ».
Chacun sait que, lors de la dernière décennie, les débats suscités par le bilan alarmant de l’enseignement public ont souvent désigné l’arabisation, voire la langue arabe elle-même comme causes principales d’un échec scolaire incontesté.

Le comble du paradoxe c’est que l’élite gouvernante et les grands défenseurs de l’arabisation, se sont toujours bien gardés de scolariser leurs enfants dans le système public, les envoyant dans de grandes écoles privées puis à l’étranger !
L’heureuse nouveauté, depuis l’année dernière, c’est que le Maroc a enfin décidé de sortir l’école de la spirale de l’échec en enterrant trente ans d’arabisation pour retourner au français et aborder l’anglais, deux langues vivantes qui font fonctionner le monde.

La stratégie de l’actuel ministre de l’Education, Mohamed Hassad se décline en cinq points fondamentaux :
1- l’âge de scolarisation avancé ;
Trente élèves par classe ;
2- la langue française dès la première année du primaire ;
3- la langue anglaise dès le collège ;
4- les mathématiques et les matières scientifiques en français.
Pas mal déjà…voire ambitieux !

L'éducation au Maroc : état des lieux


Un marocain sur deux de plus de 10 ans, donc en âge de lire et écrire, est analphabète.
C'est le constat qui avait amené le Roi Mohammed VI, en 2000, à inscrire la lutte contre l’analphabétisme et la promotion de l’éducation non formelle parmi ses principales priorités, et en particulier pour la tranche 10-45 ans, en priorité pour les filles, statistiquement plus touchées. L'objectif était d'amener, à moyen terme, le taux d’analphabétisme proche de zéro.
Depuis 2002, l'école est obligatoire et gratuite pour tous les enfants de 6 à 15 ans.

Mais la scolarisation ne profite pas encore à tous, et la situation est plus critique dans certaines régions, plus que d’autres, parce que dans les campagnes, de nombreux obstacles empêchent un enfant d'aller à l'école : école trop éloignée, pas de budget pour les fournitures, nécessité de faire travailler l'enfant pour aider la famille à vivre, etc.

Aujourd'hui encore, de nombreux enfants des campagnes ne vont à l'école que par demi-journées, et travaillent en famille le reste du temps. Seule compensation pour les familles, la cantine scolaire, de plus en plus fréquente.

Le problème du coût de la scolarité est également un frein : même si l'école est gratuite, de nombreux parents ne peuvent acheter les fournitures scolaires, trop nombreuses et coûteuses à leurs yeux. Dans beaucoup d'écoles, on donne gratuitement des cahiers aux plus démunis dans le cadre de l’opération « un million de cartables » lancée par le Roi. Pour la rentrée 2016-2017, cette opération a bénéficié à quelque 4 millions d’élèves qui ont reçu chacun un cartable équipé en fournitures scolaires essentielles.

En outre, dans les campagnes marocaines, les douars sont très dispersés. Pour certains, l'école la plus proche est à une heure de marche. On comprend que ce qui peut être fatigant au printemps ou à l'automne avec de mauvaises chaussures sur un sentier parfois caillouteux, devient insupportable avec le froid de l'hiver, ou la chaleur étouffante de juin.

Partir de nuit, arriver en classe déjà fatigué, on comprend que certains enfants abandonnent après quelques semaines.

Ici et là, à l'initiative des associations de villages, on a mis en place un bus scolaire ; un progrès encore trop rare, car bien trop coûteux.
Le problème s'accentue quand l'enfant arrive au collège : l'établissement est souvent encore plus éloigné, et les parents, réticents à envoyer leur enfant encore bien jeune, si loin.

Certains collèges ont un foyer d'accueil, mais c’est plutôt rare.

Selon un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), les taux de scolarisation des filles dans l'enseignement secondaire collégial demeurent encore faibles au Maroc, particulièrement chez les filles rurales. Le taux national pour les deux sexes est évalué à 60,3%. Ce taux ne dépasse pas 16,5% chez les filles rurales. Les citadines inscrites dans ce type d’enseignement disposent d’un taux de scolarisation plus de trois fois supérieur à celui des garçons ruraux et presque cinq fois celui des filles rurales.

Voilà une dizaine d’années que le Maroc ouvre plusieurs chantiers d’amélioration des locaux et la réduction des sureffectifs. Des écoles supplémentaires sont construites et les familles défavorisées bénéficient d’une aide pour envoyer leurs enfants à l’école.

Selon le ministère de l’Education nationale, le programme lancé apporte une aide à ces familles et le budget réservé à ce programme est substantiel.

Les causes de l’échec


Le Maroc est de facto le seul pays où l’étudiant, une fois passé du lycée à l’université, se voit contraint de changer de langue pour l’enseignement scientifique.

Lors de la dernière décennie, les débats suscités par le bilan alarmant de l’enseignement public ont souvent désigné l’arabisation voire la langue arabe elle-même comme causes principales d’un échec scolaire incontesté. Il est avéré que le concept de l’arabisation a fait l’objet d’une précipitation irresponsable et non réfléchie.

Quoiqu'il ne soit pas le seul «coupable», le facteur linguistique reste toutefois l’une des causes principales ayant tiré l’enseignement vers le bas.
Cela remonte à la fin des années 50 et au début des années 60. Après l’indépendance du Maroc, les politiques éducative et linguistique, inspirées et conduites à l’époque par les nationalistes du parti de l’Istiqlal, ont fait de l’arabisation un cheval de bataille politique, faisant valoir que « l’arabité supposée originelle a été confisquée par le colonisateur ». Pour eux, il fallait procéder à une décolonisation culturelle et linguistique, et retrouver, via l’arabe classique, une identité ancrée dans un passé arabo-musulman.

Ainsi, menée dans la précipitation, cette politique d’arabisation a souffert d’improvisation dans sa mise en œuvre, dans la définition des programmes, la formation des enseignants et la conception des outils pédagogiques. En outre, les manuels scolaires ont souvent privilégié la langue arabe classique considérée comme la langue par excellence, mais éloignée de l’arabe marocain. Comme si, par cette surenchère dans le purisme, il s’agissait de se donner ou d’obtenir un label d’arabité voire d’islamité. Cette politique était volontairement adoptée pour séduire une population majoritairement analphabète, en prévision d’une surenchère électorale, plus tard.

Ainsi, l’enseignement marocain, bien que laissant une toute petite part au français, a été quasiment arabisé, depuis l’école primaire jusqu’au baccalauréat, ainsi qu’à l’université pour la majorité des sciences humaines et sociales. En revanche, dans les facultés de sciences et de médecine les cours ont été maintenus en français, ce qui crée de sérieuses difficultés aux bacheliers inscrits dans ces filières puisqu’ils ont suivi tout leur cursus antérieur en arabe.

Pendant ce temps, comble du paradoxe, ces mêmes grands défenseurs de l’arabisation, tout comme les principaux décideurs en matière d’éducation et l’élite gouvernante en général, se sont toujours bien gardés de scolariser leurs enfants dans le système public. Ils préféraient les inscrire dans les établissements français au Maroc, ou dans de grandes écoles privées qui jouissent d’un grand prestige du fait de leur offre pédagogique plus riche, de meilleure qualité, de leur enseignement des langues vivantes, le français et l’anglais, mais aussi en raison de leur fonction de reproduction des élites socio-économiques marocaines. Ensuite, ils font suivre à leurs enfants des études supérieures en France, aux États-Unis, au Canada ou ailleurs dans les pays occidentaux. De nos jours, cela continue de plus belle encore.

Les classes sociales moyennes, quant à elles, se tournent vers le réseau des écoles privées locales, dont la création est facilitée et encouragée par des mesures financières et fiscales incitatives. Une manière d’alléger la masse qui pèse sur le secteur public.

On se retrouve ainsi devant trois types d’écoles : l’une publique, inefficace et sans certitude du lendemain pour la grande majorité des Marocains ; la deuxième, privée et payante pour une classe moyenne qui fait d’énormes sacrifices, et une école bien efficace, celle-là, qui sort une élite minoritaire appelée à prendre le relais des commandes dans le futur, sans pour autant être d’un grand secours et d’un impact direct sur la gestion des affaires publiques car, la grande majorité de ces élites, se souciant peu ou pas du tout de la vie publique, s’oriente vers le secteur libéral : gestionnaire d’entreprise, médecin, ingénieur, avocat, financier, cadre supérieur privé, etc.

Certains embrassent une carrière politique, prétendant à de hautes fonctions. Parfois c’est héréditaire et il n’y a pas longtemps encore, on a vu des enfants de hautes personnalités « poussés » dans des postes-clés en haut de la pyramide administrative. Ce sont ces mêmes gens qui, dans un langage populiste, prêchent l’égalité des chances pour tous les Marocains.

Pire, pour ce qui est du secteur de l’enseignement puisque ce sont généralement des élèves de faible niveau issus de l’école publique qui deviennent eux-mêmes enseignants. Ce sont aussi eux qu’on retrouve dans l’administration et les collectivités.
Les orientations royales et la stratégie de Hassad

Il s’agit de redonner à l’établissement scolaire la considération qu’il
mérite et créer des ponts de confiance entre l’école et son
entourage social. Photo : DR

Après le discours du Trône du 30 juillet 2015, où le Roi s’était interrogé : « Est-ce que l’enseignement que reçoivent nos enfants aujourd’hui dans les écoles publiques est capable de garantir leur avenir ? », estimant que « La réforme de l’enseignement doit se départir de tout égoïsme et de tout calcul politique qui hypothèquent l’avenir des générations montantes, sous prétexte de protéger l’identité », le Souverain a présidé un conseil des ministres le10 février 2016 où une décision-choc a été prise concernant la politique éducative au Maroc : les matières scientifiques seront désormais dispensées en français, cette langue sera enseignée à partir de la première année de l’école primaire et l’anglais introduit aussi de manière précoce.

Ceci s’explique par une remise en question claire de la politique d’arabisation à outrance, sachant que le Maroc fait partie d’un ensemble universel où la langue arabe est usitée dans des cercles restreints et où les langues anglaise et française font marcher le monde moderne, à plus grande échelle.

Cette rentrée scolaire 2017-2018 qui débute ce 7 septembre, sous la conduite d’un nouveau ministre technocrate, donc non politisé, Mohamed Hassad, s’inscrit, en principe, sous le signe du changement positif.

Pour ce nouveau ministre de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, il s’agit de « redonner à l’établissement scolaire la considération qu’il mérite et créer des ponts de confiance entre l’école et son entourage social». Comment ?
La stratégie à terme du ministre Hassad se décline en cinq points fondamentaux :
1- l’âge de scolarisation avancé ;
2- Trente élèves par classe ;
3- la langue française dès la première année du primaire ;
4- la langue anglaise dès le collège ;
5- les mathématiques et les matières scientifiques en français.

En outre, sur le plan pédagogique, les manuels scolaires seront révisés de fond en comble, quoique les nouveaux manuels, pour le primaire et le collège, ne seront disponibles qu’à partir de la rentrée scolaire 2018-2019. En vue de l’encouragement aux études scientifiques (maths, physique, chimie, sciences de la vie…), l’enseignement des langues étrangères (français et anglais) sera renforcé à tous les niveaux des cursus scolaires, allant du primaire à l’universitaire.

Aujourd’hui, l’inadéquation entre la formation et le marché de l’emploi est, en effet, l’un des principaux maux dont souffre l’enseignement universitaire au Maroc. Il est donc nécessaire de développer une vision globale autour de chaque filière, car certains licenciés se retrouvent dans la rue à cause de la nature de leur formation et du savoir qu’ils ont acquis, n’offrant aucun débouché,
L’adéquation entre formation de qualité et marché de l’emploi, de plus en plus exigeant à l’avenir, n'en sera ainsi que mieux garantie.

Vaste et ambitieux programme, certes, mais, sans vouloir tempérer la volonté du nouveau ministre, il ne s’agit pas de retomber, cette fois encore, dans les mêmes erreurs du passé car, face à ce grand chantier que projette Hassad, on a l’impression que c’est du « déjà-vu », depuis toutes ces années où on ne comptait plus les tentatives de réforme de l’enseignement : Charte nationale de l’éducation (1999-2005) ; Programme d’urgence pour l’éducation (2009-2012) ; Vision stratégique de la réforme (2015-2030) élaborée par le Conseil supérieur de l’enseignement. Bref, des centaines de pages, bilans, rapports et évaluations en tous genres dédiées à la réforme du système éducatif. Or, jusqu’ici, rien de vraiment probant dans les résultats, surtout quand on sait que les indicateurs disponibles révèlent que la qualité de l’éducation au Maroc est inférieure à la moyenne des pays pauvres d’Afrique subsaharienne, avec 79 % d’élèves âgés de 10 ans ne maîtrisant pas les bases de la lecture. Depuis le début les années 2000, cette situation ne fait que s’aggraver.

Concernant l’enseignement des mathématiques le Maroc
se situe à la 48e place sur 52 pays évalués.
Photo : DR

A quoi l’on peut ajouter le classement établi par l’International Association for the Evaluation of Educational Achievement (organisation internationale indépendante) : concernant l’enseignement des mathématiques en 4e année primaire, le Maroc se situe à la 48e place sur les 52 pays évalués. Ou encore le rapport de l’Unesco 2014 sur l’état de l’éducation dans le monde : le royaume - malgré des progrès remarquables quant à la généralisation de l’enseignement primaire - fait partie des pays qui sont très loin des objectifs fixés lors de la conférence mondiale de « l’éducation pour tous ».

Pourtant, les moyens alloués à ce secteur par le budget de l’Etat marocain et les aides extérieures ne manquent pas : selon les données de la Banque Mondiale, l’éducation au Maroc représentait 6,3 % du PIB (par comparaison en France il est de 5,5 % et au Canada de 5,3 %). La loi de finance 2016 prévoyait un budget de 45,8 milliards de dirhams (environ 4,5 milliards d’euros) pour le ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle..
Synthèse du Dr Abdelhak BAKHAT
PH : DR


Le Journal De Tanger



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