News Discours du Trône : l’heure des comptes a sonné !
(Catégorie Politique)
Posté par Administrateur
الجمعة 11 أغسطس 2017 - 19:51:02

Le 11-08-2017 à 19:51:02
Le discours du Trône prononcé par le Roi Mohammed VI, samedi soir, était fort, éclatant, martelant et révélateur de sombres réalités qui minent l’administration et la scène politique marocaines.
L’écho de ce discours critique résonne sur la scène sociopolitique, tant le Souverain a mis à nu des dysfonctionnements entravant la bonne marche du royaume..

Tout au long de son intervention, le Roi arrivait à peine à dissimuler sa contrarié et une colère contenue. Chacun de ses mots était pesé et sonnait comme un glas aux oreilles de nos responsables à tous les niveaux et de nos politiciens de tous bords. Un véritable signal d’alarme identique, mais en plus étoffé, au discours royal prononcé une première fois déjà le vendredi 14 octobre 2016 devant les membres des deux chambres du parlement, lorsque le Roi avait dit : « L’objectif qui doit être recherché par toutes les institutions, c’est d’être au service du citoyen. Si elles ne remplissent pas cette mission, ces institutions seraient inutiles et n’auraient même pas de raison d’être (…) ; or, il est navrant de constater que certains exploitent le mandat qui leur est délégué par le citoyen et en profitent pour régler leurs affaires personnelles ou partisanes, au lieu de servir l’intérêt général». (fin de citation).

Samedi dernier, le Roi avait encore raison d’appeler les choses par leur nom, sans langue de bois et sans maquillage.

Pour reprendre les termes du Prix Goncourt Tahar Ben Jelloun, soulignons que le Roi Mohammed VI s’est révélé un chef d’Etat qui connaît parfaitement son peuple et ses problèmes. Il est au courant de la manière dont les administrations publiques traitent le citoyen et gèrent les affaires publiques. Il sent l’exaspération des gens qui assistent impuissants à l’incompétence de certains responsables ou hommes politiques. Il a pénétré avec subtilité le caractère de certains qui font semblant d’occuper leur poste et ne font qu’attendre la fin du mois pour recevoir leur salaire.

Sans généraliser, le Souverain a rétabli quelques vérités, notamment concernant la classe politique qui «se cache derrière le palais» chaque fois qu’elle se sent au pied du mur. Une classe politique souvent médiocre, avec des élus dont la culture est défaillante, faible ou inexistante. Cela vient du fait que dans notre pays, les hommes intelligents et cultivés désertent le champ politique et le laissent aux opportunistes qui y pénètrent afin d’améliorer le rendement de leurs affaires. Ils se battent pour se faire élire et certains achètent des voix. Ils sont élus non pour servir l’intérêt de la nation mais pour servir leurs propres intérêts. On constate qu’à chaque élection, le peuple répond par une grande abstention. Il s’exprime ainsi, et sait que les personnes qui seront élues ne défendront pas ses intérêts. Ce phénomène va grandissant puisqu’il a engendré un taux dramatique de 57% d’abstention aux dernières législatives.

Le Parti qui a de nouveau remporté les élections législatives au Maroc a déjà gouverné avec des éléments d'autres partis durant cinq années. Ses réalisations sont pratiquement minces. La corruption sévit toujours. L'état de la Santé est déplorable. Le système de l'Education est toujours en crise. Le pouvoir d’achat a diminué. Le chômage a pris de l’ampleur.
Tout ce qui a été réalisé d'important, c'est le Roi qui l'a initié et mis en place et non pas le gouvernement, ni les partis politiques et encore moins les élus dont la plupart brillent par leur absence.

Pourquoi ce scénario dramatique risque-t-il de se répéter. C’est simple : il faut d'abord noter le faible taux des citoyens qui se sont rendus aux urnes : 43% seulement. Ils étaient réceptifs de discours populistes et démagogues. On les séduit en leur disant ce qu’ils veulent entendre.

Certains partis ont peu ou pas réussi à décrocher de sièges au parlement. Ils se sont accrochés aux jupons des autres partis qui ont émergé du lot.
Cette claque n’a pas suffi à décider ces partis à réviser leurs systèmes défaillants. Ils ne font rien pour améliorer leurs rapports avec le peuple et ne font strictement rien qui puisse les faire briller aux yeux du citoyen. Ils continuent à se chamailler et à succomber à des colères intestines.

Certains dirigeants sont médiocres et leur discours est virulent et creux.
Quand la chose politique est atteinte de ce mal, il est difficile de remonter la pente. Or le peuple marocain a le droit d’avoir des représentants de qualité qui le respectent et défendent ses intérêts. Le Roi montre les grandes lignes et attend que les politiques fassent leur travail avec sérieux et responsabilité.

Sur Al Hoceima, le Roi a dit l’essentiel, soulignant que les problèmes de cette région, on les retrouve dans d’autres lieux du pays. Concernant le problème de la sécurité, le Souverain a rendu hommage aux forces de l’ordre.
Il est vrai que nous n’avons pas le réflexe de reconnaître l’utilité de la police, de la gendarmerie, des forces armées, des forces auxiliaires. Nous ne leur sommes pas reconnaissants. Nous nous rendons compte de leur utilité, leur vigilance et leur efficacité seulement lorsque nous sommes agressés ou lorsque nous nous rendons compte que notre pays est efficacement protégé contre les invasions et le fléau du terrorisme qui frappe aveuglément partout dans le monde faisant des dégâts et portant préjudice à l’image et au développement du pays attaqué.

Certes, parfois, dans le feu de l’action, ces forces peuvent commettre des bavures mais certains agents peuvent aussi recevoir des coups et se retrouver à l’hôpital.
A ce propos, soulignons que l’équité prime dans notre pays. La preuve en est que les détenus du Hirak du Rif qui n’ont pas débordé au-delà des revendications sociales classiques, ont bénéficié, en toute logique, d’une grâce royale.

Les autres ont sans doute des choses graves à se reprocher. La Justice tranchera dans leur cas et le Roi décidera en conséquence.
En attendant, les gens du Rif ont dit ce qu’ils avaient à dire et la balle est dans le camp du gouvernement. L’une des revendications de base est déjà réalisée avec l’équipement et la relance de l’hôpital d’Al Hoceima. Le reste suivra mais il faut admettre qu’il n’existe pas de baguette magique. Il faut savoir patienter et laisser les gens travailler.

Un dernier point saillant dans le discours royal : les citoyens devraient participer à l’assainissement de la vie politique.

Pour citer le seul exemple de la corruption, si les Marocains décident de manière unanime et ferme de ne jamais avoir recours à la corruption, ce mal qui ronge notre société disparaîtra. Car, il faut être deux pour verser dans la corruption, le corrupteur et le corrompu. Si le corrupteur s’abstient de corrompre le corrompu, n’y aura plus de corruption et la société civile sera nettoyée de ce fléau.

Certes, c’est trop facile à dire, mais ce n’est pas impossible, non plus.
Ainsi donc, la balle est en quelque sorte dans la cour du gouvernement. Dans celle des responsables de tous bords et à tous les niveaux. Mais aussi dans celle de la société civile…

Nous retiendrons cependant cette partie du discours royal où le Roi souligne l’indissociabilité entre responsabilités et reddition des comptes: «Si les responsables rechignent à faire leur devoir et mettent ainsi en péril les affaires de la Nation et des citoyens, Mes responsabilités constitutionnelles me commandent de garantir la sécurité et la stabilité du pays, de sauvegarder les intérêts des gens, leurs droits et leurs libertés».

Dès lors, nous pouvons imaginer un certain nombre de scénarios convergeant tous vers la question suivante : « L’heure des comptes a-t-elle sonné ? ».
Parmi ces scénarios plausibles et ne faisant pas entorse à la Constitution, il y a celui de la refonte totale ou partielle du présent gouvernement, conformément à l’article 47 de la Constitution prévoyant que «le Roi peut, à son initiative, et après consultation du chef du gouvernement, mettre fin aux fonctions d’un ou de plusieurs membres du gouvernement».

Pour aller plus loin, il existe un autre scénario aussi plausible et crédible, celui de
la dissolution de la Chambre des représentants par le Roi et l’appel à de nouvelles élections.

En attendant, on bouge sur la scène nationale.
Le ministre de l’Intérieur a réagi le premier en réunissant ses cadres centraux, les walis des régions et les gouverneurs des préfectures, des provinces et des préfectures d'arrondissements, ainsi que les hauts responsables de la sécurité (gendarmerie, police, direction de la documentation, administration territoriale, forces auxiliaires). La séance a été consacrée à l’examen des moyens permettant la mise en œuvre des différentes instructions royales contenues dans le discours du Trône. L’idée est d’accélérer l’exécution de la réalisation des projets de développement et des réformes politiques et institutionnelles.

De son côté, à une journée de la tenue du conseil de gouvernement qui était prévu normalement jeudi 3 août courant, le chef du gouvernement a convoqué mercredi 2 août à 18h une « réunion extraordinaire et anticipée des membres du gouvernement » qui devait être consacrée, selon Saâd Eddine El Othmani, à « la discussion des dispositions à prendre afin de mettre en œuvre «les directives contenues dans le discours de Sa Majesté le Roi »..

Ainsi, le chef du gouvernement présente un plan en six axes, visant à réformer l'administration et relancer le développement socio-économique du royaume.

« Ce programme d'urgence se doit, en premier lieu, d'être réaliste, concret et appliqué dans les plus brefs délais », explique El Othmani, ajoutant « Il convient de veiller à rester attentif aux besoins de la société civile, d'écouter ses revendications et s'appliquer à y répondre; d'encourager l'investissement visant notamment la promotion de l'emploi; de renforcer les outils du développement en misant sur les infrastructures qui impactent directement la qualité de vie des citoyens; d'améliorer les services administratifs et leurs fonctionnements; accélérer la cadence de la réalisation des grands chantiers entamés, etc ».

Autant de mesures à appliquer sur le terrain au plus vite, selon le chef du gouvernement.

Côté partis politiques dont la plupart sont encore sous le choc, c’est le black-out total !
Le peuple marocain continue donc à scruter l’horizon et à suivre avec intérêt la métamorphose du champ politique et de la scène administrative de la Nation.
Synthèse du Dr Abdelhak BAKHAT

PH : DR

Le Journal De Tanger



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