News Tanger : Une équation culturelle à plusieurs inconnues ?
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Posté par Administrateur
الاثنين 28 ديسمبر 2015 - 09:10:05

Le 28-12-2015 à 09:10:05
Dans le cadre d’une table ronde organisée conjointement par la délégation du ministère de la Culture de Tanger et l’association Al Qantara, le samedi 18 décembre 2015 dans la grande salle du musée contemporain de la délégation de la Culture, et à laquelle ont participé de nombreux acteurs associatifs et culturels, le Pr Sidi Mohamed El Yamlahi Ouazzani, ex Doyende la faculté des Lettres et des Sciences humaines de Tétouan, écrivain, enseignant chercheur et chroniqueur au Journal de Tanger, a présenté un exposé dans lequel il a tenté de rendre compte de la réalité culturelle à Tanger à l’aune des changements survenus sur la scène nationale, locale et internationale et surtout, avec le projet en cours de la mise en place du projet royal du « Tanger métropole ». Vu l’importance du document, nous le publions intégralement ci-après.

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Présentation
Mon intervention s’inscrit dans le cadre de mes centres d’intérêts, en tant que citoyen et en tant qu’intellectuel et homme de culture intéressé et concerné, elle s’inscrit aussi dans le cadre du projet international inspiré par Silo, visant à « humaniser la Terre », autrement dit, pouvons-nous humaniser l’homme par le biais de la culture, par exemple, ou par l’économie, la religion ou par autre chose, telle la sexualité ou par un courant politique nouveau.Ce modeste apport est aussi le fuit d’une expérience vécue au sein de plus d’une trentaine d’associations, entre autres, culturelles et artistiques.

C’est aussi, une synthèse de mes écrits dont un livre sur le Maroc indépendant avec les mythes ayant façonné l’identité du Marocain, un autre sur le cinéma avec comme prétexte Bachir Skiredj et le Maroc culturel sous le Protectorat et au lendemain de l’ et le Maroc culturel sus le Protectorat et au lendemain de l’Indépendance, un autre sur « Le Royaume de l’Atlas, Royaume du monde », un hymne aux spécificités culturelles du Maroc, un autre sur l’histoire des sports modernes à Tanger avec la mise en évidence d’une culture internationale qui a influencé la pensée et les traditions culturelles des Tangérois.
Je porte un regard serein, philosophique sur ma société, je fais appel à la raison afin de mieux gérer ma passion, point de complexe mais une lucidité dictée par ce contact direct avec la réalité culturelle de mon pays, je fréquente depuis des années l’histoire du Monde, celle du Maroc et de Tanger, en particulier, c’est ce qui m’a permis de dégager des repères lisibles alors que pour d’autres ces derniers demeurent invisibles, enfin j’ai eu la chance de saisir l’opportunité de gestion de la chose publique où éducation, culture, histoire, religion, langue, philosophie, sociologie, psychologie ou psychanalyse et recherche font bon ménage.

Je suis parfaitement conscient du fait que nous sommes à une époque où mondialisation des échanges et préservation de l’identité culturelle sont en conflit, un conflit redoutable, une compétition inégale avec des enjeux et des urgences exceptionnels, avec des enjeux inédits quant à la survie de notre culture nationale.

Comment donc réagir face à des défis planétaires avec peu de moyens, peu de conscience citoyenne, peu de culture de management culturel, des associations sur le qui-vive, individualistes, incapables de gérer les implications d’une culture désormais universelle, sans frontières, indéfinissable parce que insaisissable, parce que absence de modèle culturel ?
Où en sommes-nous donc actuellement ? Quelles sont les constantes ? Quelles sont les variables ? Quelles sont les inconnues ? Les murs peuvent-ils produire des mûrs, des matures, des citoyens à même de considérer la réhabilitation de leur cité comme une mise à niveau de leur mentalité, de leur intelligence citoyenne ? En quoi la culture est-elle un signe de progrès ou de décrépitude d’une société, d’une nation déterminée ?

Un thème d’une grande actualité :
Il est, en soi, un indicateur, un révélateur de tous les phénomènes sociaux culturels qui animent et minent notre quotidien : Terrorisme, immigration, réfugiés, tourisme, climat, suicides, stress et dépression, taux de natalité, de mortalité, de pauvreté, taux de suicide, de divorce, nature et origines et des hommes au pouvoir, un gouvernement « islamique » qui serait selon certain un gouvernement non « progressiste », conservateur, voire anti-culture d’ouverture et de partage, un retour vers l’islamisme « politique » qui remet en cause, selon certains, l’aspiration à la modernisation des enjeux culturels, genre « Zein li fik », « Mawazine », Festival de la bière, le mariage pour tous, le statut de la langue arabe, les amendements à apporter au Code de la Famille…etc.

Un thème qui met cruellement en évidence toute la problématique du vivre en société, quatre mots magiques, dramatiques, tragiques, mythiques, voire comiques, mystiques : Culture, enculturation, acculturation, déculturation : ce sont les étapes représentées par les « pots de peinture culturelle » dans lesquels nous plongeons le Marocain dès sa naissance et jusqu’à sa mise en terre. A chacun d’entre nous, le défi de démêler les couleurs pour en dégager le sens, le sens de la culture identitaire !
Le grand problème c’est que nous mettons à la disposition du citoyen « non averti » des espaces « culturels » divers qu’il lui faudra gérer avec une mentalité culturelle « perturbée », avec une vision du monde floue et un projet sociétal passablement élaboré. Qu’est-ce qu’aujourd’hui, la culture moderne, la culture à la mode, la culture, par excellence ? Est-ce celle qui prône la paix ou celle qui appelle à la violence ? Celle de l’intégration ou celle de l’exclusion ? Celle qui prône l’amour ou celle qui incite à la haine ? Celle qui insulte les valeurs traditionnelles ou celle qui vous plonge dans une modernité hybride, sauvage, chaotique, cacophonique ? Une culture enfin qui délimite les contours de l’homme qui mérite de vivre ou celle qui dessine le profil de celui qui mérite de mourir seulement parce que ce dernier n’a pas compris les règles du jeu?
Concernant la culture, il y a lieu de faire la distinction entre Culture d’Etat (dirigisme culturel)et état de la culture (culture malade, les Marocains lisent 2 minutes par jour, les bibliothèques de quartiers ont été fermées, pour la plupart, les autres sont peu fréquentées, nous retrouvons toujours les mêmes individus dans les différentes activités culturelles organisées dans nos villes, nos étudiants manquent de culture livresque, artistique, culture générale…)

Or, dans les pays qui se respectent, c’est le citoyen qui doit aller vers la culture, ce n’est pas la culture qui s’impose à lui. Dans ces pays, justement, c’est la production culturelle qui sert d’indice de développement et non les indicateurs économiques.

Au Maroc, la culture « officielle » est définie par la Constitutionet par les lois d’application selon les secteurs concernés. La créativité est ainsi, naturellement, soumise à une autocensure pour ne pas parler de censure systématique, la liberté étant, bien évidemment, de ne faire que ce que les lois permettent.

Au Maroc, certains l’oublient par manque de discernement, c’est la Monarchie qui s’impose comme la garante de la culture nationale et donc comme responsable de sa préservation et de sa sauvegarde : cérémonie de la « beia » (allégeance), célébration des fêtes religieuses et nationales, mariages et baptêmes, pratiques festives, habitudes alimentaires, traditions vestimentaires, rites et code du savoir-vivre, références en matière d’architecture, glorification de l’histoire et de la mémoire collective, mythification des saints de Dieu et des saints des peuples …etc.C’est dans l’exemplarité de nos ancêtres et dans l’histoire de notre monarchie que se définissent les contours de notre culture nationale.

Un ministère est chargé de veiller à ce que cette culture ne sorte pas du cadre légal, institutionnel et pour qu’elle puisse être intériorisée par le peuple. Autrement dit, dans chaque wilaya, ce secteur d’Etat de la culture est géré par la direction de la culture de la wilaya et ses nombreux démembrements, Théâtres, musées, maisons de la culture, associations culturelles satellites, clubs fermés, espaces officiels pour cafés littéraires et rencontres savantes …

Or, aux USA, par exemple, c’est le ministre de l’éducation qui s’occupe de culture, d’information, il s’occupait également de services sociaux et de santé…etc.Comme quoi, la culture est un tout indivisible, un esprit sain dans un corps sain. En France, le même ministre s’occupe à la fois de culture et decommunication parce que, naturellement, sans communication véritable pas de culture véritable.

Les Conseils élus sont aussi responsables des « affaires culturelles » dans les communes et Régions du Royaume. Comment évaluer leurs actions et leur politique ? Comment leur demander des comptes alors que des pans entiers de notre culture sont à l’agonie ?

Quelle équation budgétaire pour quelle équation culturelle ? Quel investissement, me direz-vous, pour quels résultats ? Quel projet culturel pour quelles attentes ? Un grand débat qui dépasse de loin le temps qui nous est imparti pour exprimer nos idées et réflexions.Je suis persuadé que la qualité du débat qui va suivre nous permettra peut-être d’en dire davantage.

Le Tanger culturel :
Si, au niveau national, la pratique ou les affaires culturelles sont déjà compliquées, à Tanger, l’équation est encore plus complexe, parce que, mine de rien, cette équation culturelle est à plusieurs inconnues?
J’ai toujours dit que « Tanger » était un vrai verbe du 2ème groupe qu’il nous faut apprendre à conjuguer à toutes les personnes, à tous les temps, à tous les modes parce que la «tangérité» est une « méta culture », une supra nationalité qui intégre et l’identité nationale et des bribes de l’internationale. Cette dernière regroupe, en effet, les caractéristiques d’un citoyen du monde à une époque donnée par rapport à un citoyen du monde au temps de la mondialisation : Tanger, capitale diplomatique,

Tanger International, Tanger «martyrisé », Tanger « réhabilité », le projet Tanger métropole est en marche, avons-nous saisi l’ampleur du projet, les exigences de ce tournant historique ? Autrement dit, que de questions légitimes : Quel projet culturel pour Tanger ? Pour quel tourisme culturel nous préparons-nous ?Quelle Charte culturelle pour Tanger ?Quelle pratique culturelle pour Tanger dans le cadre de la Régionalisation avancée ? Quel rôle jouent nos médias locaux et régionaux dans la promotion culturelle de notre ville alors que facebook, Youtube et Internet dans sa globalité ont envahi l’espace culturel local, régional, national… ? De quel modèle culturel devrons-nous parler désormais ? Où sont nos acteurs culturels, nos intellectuels, nos hommes et femmes de culture dans ce travail de restitution, de reconstruction, de redéfinition de la culture tangéroise ? Qui assume la responsabilité du projet culturel à léguer ou que nous allons léguer à nos enfants et petits-enfants ?
Par moments, nous avons l’impression que la culture tangéroise est entre les mains d’intrus qui se sont arrogés le droit de faire de la culture un fond de commerce lucratif alors que les gens de la culture, faute de moyens, se sont retirés de la scène, du terrain par pudeur, par impuissance face à la politique, à l’argent, à l’arrogance. Certes, le calendrier culturel est varié, échelonné sur l’année mais souffre des effets de l’improvisation, de l’opportunisme culturel, de manque de projets, nous avons des centaines d’associations pour des résultats mitigés, pour une culture locale peu représentative de la spécificité tangéroise.

Quel est le projet pour lequel militent ces différentes associations ? Gèrent-elles le plat culturel à chaque fois réchauffé ou encouragent-elles la créativité au service d’un idéal socioculturel précis, dûment pensé, répondant à des besoins spécifiques préalablement définis ?Quelle politique du livre, du cinéma, des arts plastiques, des arts musicaux, du théâtre avons-nous élaborée pour la cité?Est-il concevable ou acceptable que notre université soit incapable d’organiser la foire du livre universitaire ? Que notre délégation de la culture délègue à l’institut français l’organisation du Salon du Livre de Tanger, que nos festivals au lieu d’être une addition d’activités isolées qui profitent à une minorité soient une action collective avec des objectifs bien définis qui donnent des réponses à des attentes recensées, diagnostiquées, analysées ? Est-il encore tolérable que l’action culturelle ne soit plus entre les mains des spécialistes de la culture mais des chercheurs d’or, de dirhams, de prestige ?
Continuer à soumettre la culture au diktat des échéances politiques n’est-ce pas une hérésie, une trahison à l’idée de culture nationale ou simplement tangéroise? Aucun parti politique ne devrait prétendre détenir l’exclusivité culturelle parce qu’il instaurerait ainsi la dictature d’une idéologie ou celle d’un mouvement culturel donné ce qui est contraire aux valeurs que nous prônons, celles de la liberté et de la créativité.

Beaucoup d’associations exploitent la culture locale, régionale ou nationale sans chercher à la sauvegarder, à la défendre. La Taqtoka végète, la musique andalouse se « popularise » et se banalise, le cinéma se « mondialise », le théâtre tangérois semble marcher sur un seul pied, la sauvegarde du patrimoine culturel ainsi que celui des monuments historiques se font selon l’humeur du moment et ne relèvent d’aucune stratégie, la mémoire culturelle de Tanger se fissure, d’aucuns la falsifient, la réduisent à leur propre histoire, celle qui sort du néant.

Quels espaces culturels tangérois pour quels enjeux culturels ? Un grand centre d’art et de culture est en construction, certes, alors que le Conservatoire de musique est une insulte à l’intelligence des Tangérois, que nos musées sont sous équipés, peu visités, que nos salles d’exposition sont presqu’inexistantes, deux ou trois, tout ou plus, que nos salles de cinéma ferment leurs portes, que nos théâtres sont invisibles, que nos salles de concerts se résument au palais Moulay Hafid, aux salles de la Commune, des hôtels de la ville, celles des écoles et instituts étrangers, de la Maison de la presse… ?
Par ailleurs, nul n’accorde de l’importance à un secteur que l’on qualifierait « de culture populaire ». Ce dernier demeure coupé de l’administration, il est plus autonome dans la création, il vivote de volontés parcellaires autour de la célébration et le renouveau d’activités rurales vernaculaires, tirées par quelques personnes-vecteurs, créatrices de culture avec les moyens limités d’associations urbaines ou rurales éphémères, de salons littéraires et artistiques financés par des mécènes, bien souvent pour soigner leur prestige ou diffuser leurs productions.

Ces dynamiques populaires brouillonnes mais productives et prometteuses sont liées à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel dans toutes ses dimensions dans l’authenticité du terroir et l’universalité des valeurs et des repères de civilisation.
Les créations populaires reconnues sont malheureusement éphémères non accumulées, non capitalisées, non médiatisées donc sans lendemain, leur prise en charge nécessitant les moyens matériels monopolisés par le premier secteur, celui de l’Etat, l’institutionnel.

Essai de synthèse :
Je tiens à rappeler ici que « la culture est l’une des réponses essentielles que le monde doit opposer » au fanatisme, à la radicalisation, à la xénophobie et au racisme. D’où l’intérêt que nous devons lui accorder, la priorité qui doit être sienne, l’urgence étant le mot d’ordre.Or, la vie culturelle continue d’être sous la coupe de l’équation budgétaire, ce qui nous a amené aujourd’hui à décrire et à analyser la réalité et les conséquences du fléchissement de l’ambition politique pour la culture. L’effort des villes n’est pas encore à la hauteur des aspirations des jeunes, par exemple. La répartition de la maigre enveloppe réservée au secteur se fait à la tête du client et non sur la base d’un cahier de charge clair et transparent.

Est-il normal, par exemple que le Conseil de la Région accorde 6 millions de dirhams au seul Royal Country Club de Tanger afin de célébrer son centenaire, en plus des autres dotations de la Commune, de la Wilaya alors qu’avec cette somme, imaginez le nombre d’événements culturels qui seraient organisées ou d’espaces culturels qui auraient été réalisés ou restaurés. Ce sont des milliards qui sont ainsi dilapidés selon les échéances électorales ou les affinités politiques.Nos associations ont du mal à trouver des locaux, des espaces pour les répétitions, pour la créativité, pour le débat culturel et artistique. On n’accouche d’une œuvre artistique dans la rue !
Il faudrait que nos concitoyens fassent pression sur leurs élus afin que ces derniers aient le courage d’influer sur les décisions en matière d’art et de culture. On ne peut sortir de la crise culturelle quand les décideurs jouent les alliances politiques au détriment des desseins culturels des citoyens.

Par ailleurs, la culture aurait pu favoriser, à elle seule, la création d’emplois, genre, animateurs culturels, entre autres, au service des associations et des arrondissements de quartiers, à mettre à la disposition des écoles privées et publiques afin de s’occuper de l’animation culturelle des élèves.

D’un point de vue politique, socioculturel et sécuritaire, il faudra considérer les activités artistiques et culturelles comme représentant une manne pour l’économie, une marque de fabrique de notre pays, de notre ville, une ressource vitale pour le vivre ensemble, pour la paix sociale, en faire un centre d’intérêt pour la psychologie sociale. Nos jeunes ont surtout besoin de repères culturels sinon nous les livrons à nos « ennemis », nos contradicteurs. Il nous faut anticiper leur révolte, leur rejet, leur ras le bol, leur inadaptation.

Il s’agit, en un mot, de voir qu’elle sera l’impact de la Régionalisation avancée, penser une réforme des collectivités territoriales en termes de politique culturelle, instaurer des systèmes de promotion de la créativité, règlementer les rapports entre éditeurs et auteurs, protéger les droits d’auteurs, créer des prix, donner des bourses, faire en sorte que les associations se réunissent autour de projets communs, que la spécialisation en terme de culture soit une réalité, que des garde-fous empêchent la « bâtardisation » ou la « folklorisation » de la culture, la propagation de l’immoralité et la diffusion du mauvais goût avec la création de comités permanents de la gestion de la chose culturelle dans nos villes.

De son côté, l’intercommunalité culturelle – notamment dans une métropole comme Tanger – va lentement continuer de progresser, ce qui est plutôt bien pour permettre de meilleures articulations entre territoires de vie et de projet. Quant à la coopération entre collectivités, une nouvelle page s’ouvre pour elle. Il faut espérer qu’elle sera plus productive et mature que dans les années passées. Un festival d’Ouazzane, de Chaouen, d’Al Hoceima à Tanger et réciproquement, réinvestir la diversité culturelle pour une meilleure réappropriation de la culture nationale.

Encourager les actions culturelles représentant les groupes ethniques ou culturelles résidents à Tanger afin de favoriser l’intégration socioculturelle, la connaissance mutuelle, privilégier la tolérance pour une meilleure culture de la paix, pour un vivre ensemble meilleur.Faire en sorte que les fêtes populaires soient un espace de lutte contre la déculturation, un lieu de retrouvailles, de récupération et de façonnage de l’identité du citoyen, l’occasion de trouver des réponses aux problèmes existentiels qui perturbent notre quotidien, l’instant magique où l’enrichissement et l’échange culturel développe des réflexes psychologiques positifs, une confiance en soi et les valeurs que l’on porte, une reconnaissance d’une identité culturelle en mesure d’affronter la mondialisation et de renforcer l’idée d’appartenance à un groupe déterminé.

C’est par la culture que l’on fidélise les citoyens et non par la carte d’identité nationale, c’est grâce à elle qu’on luttera contre la fausse modernité ostentatoire, voire attentatoire, qu’on fera fasse à la fausse idée de « citoyen du monde » telle que définit par certains. L’équilibre psychologique ne saurait se maintenir dans le désordre social, sous l’irresponsabilité sociétale.
Avant de conclure, je tiens à rappeler que toute la problématique de la culture réside dans ce dilemme : comment éviter une décomposition socioculturelle de notre société, de notre ville, comment accaparer les moyens du secteur d’Etat et faire de la culture moderne authentiquement populaire ? Ya-t-il une voie médiane, un juste milieu, où les acteurs autonomes, véritables locomotives culturelles, peuvent créer sans censure avec les moyens de l’Etat ? Comment encourager la liberté d’expression culturelle tout en sachant que celle-ci s’acquiert douloureusement mais sûrement.

La floraison d’associations nationales, régionales et locales à objet culturel, touristique, patrimonial, créées par des personnes n’ayant que des liens commerciaux avec la culture, chargées de paralyser l’initiative populaire, d’éponger les subventions au profit d’une mafia administrative détentrice des signatures libératrices des fonds, et squatter les moyens logistiques, occuper les espaces et accélérer ainsi la folklorisation et la marchandisation de la création artistique et culturelle devrait être combattue.

Pour conclure :
Enfin, la question que nous avons posée au départ était : Où en sommes-nous actuellement? Quelles sont les constantes ? Quelles sont les variables ? Quelles sont les inconnues ? Nous sommes à un moment crucial de notre existence, guettés par l’extinction culturelle et la mort identitaire. La perte de nos repères, nos valeurs, nos savoir-faire et nos comportements productifs vite remplacés par des attitudes de consommation prédatrice est palpable et mesurable au quotidien.

Tous les signaux sont au rouge ! Les inconnues sont dans le camp des créateurs, des artistes, des porteurs de l’initiative populaire. Quelles sont leurs énergies réelles ? Peuvent-elles imposer une démarche comme celle-ci, inventer une Charte culturelle qui réponde à leurs attentes ? Un cahier de charge destiné aux associations va-t-il résoudre le problème de la répartition anarchique ou clanique du maigre budget de la culture ? Devons-nous nous résigner à la médiocrité, à l’indigence culturelle, au diktat de l’argent, aux jeux malsains des politiques qui puisent dans leur impuissance le pouvoir de durer et d’imposer une couleur politique au détriment d’une couleur artistique et culturelle.

Des générations de jeunes sont en danger de « dérapage culturel », d’endoctrinement, d’errance culturel, on voit ce que ça donne, des milliers d’immigrés clandestins, des milliers de terroristes, des milliers de laissés pour compte, des milliers de « bombes culturelles » téléguidées qui risquent d’exploser à tout moment, en tout lieu.Je suis contre l’idée selon laquelle le « compter sur soi » pourrait devenir la règle et non plus l’exception parce » que cela signifie accepter de vivre en dehors de la légalité, de la réalité citoyenne où chacun d’entre nous a des droits et des devoirs.

Soyons vigilants car, il faut s’en convaincre, c’est bien de notre culture que dépendent notre existence, l’avenir de nos enfants et notre bonheur collectif. De nos jours, nombreux sont qui sont amenés à s’interroger sur le choix à faire entre l’islam et la culture, ceux qui confondent le culte et la culture, au point où l’ensemble des habitudes, des connaissances et des coutumes qui font notre culture propre sont en danger. L’équation est donc à résoudre urgemment. C’est bien le rôle de ces rencontres et de ces débats entre gens conscients et responsables dont les recommandations doivent être soumises aux responsables et aux autorités compétentes.

Le Journal De Tanger



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