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| A la suite de dysfonctionnements relevés par la Cour des comptes, enquête policière à la chaîne de Télévision 2M |
La Cour des comptes reproche au conseil d’administration de 2M de ne pas assurer convenablement son rôle de suivi et de contrôle des actions menées par la direction générale. Ceci, d’autant plus qu’un ex-directeur général de 2M «a fixé lui-même son salaire, à l’identique de ce qui a été le cas pour son prédécesseur». Aucun contrat de travail ou document précisant le montant de la rémunération du patron de 2M n’existerait. Le DG a fixé sa rémunération sur la base d’un salaire de base de 130.000 DH mensuel. Le rapport de la Cour évalue sa rémunération moyenne mensuelle à 300.000 DH.
Après que le ministère de la Justice ait transféré le dossier de la chaîne de télévision 2M à la Brigade Nationale de la Police Judiciaire (BNPJ), celle-ci aurait décidé d’ouvrir une enquête par l’audition de certains responsables de la chaîne d’Aïn Sebaa.
L’histoire de 2M remonte à l’époque où la prise de contrôle de 2M (Soread) par l’Etat intervient dans un contexte de précarité financière de l’entreprise. On est en 1996. L’Etat met sur la table près de 217 millions de DH. Taoufik Bennani Smires, directeur général de la chaîne depuis 1991, en fait les frais. Le poste est confié, entre 1996 et 2000, à Larbi Belarbi, l’actuel patron de la Somaca avant de céder sa place à Noureddine Saïl, pour trois ans.
Au-delà de ce jeu de chaises, la perfusion financière de la chaîne se poursuivra entre 2003 et 2007, par le biais de subventions annuelles, cumulée de plus de 1,1 milliard de DH. Une étatisation et une décennie plus tard, «la situation financière de la chaîne ne s’est toujours pas améliorée, malgré l’importance des recettes publicitaires de 2,89 milliards de DH», relève le rapport de la Cour des comptes dont l’audit porte sur les exercices 2003-2008. Une situation qui pourrait prendre «une ampleur plus inquiétante dans un contexte de plus en plus concurrentiel», ajoute le rapport. C’est Mostafa Benali qui est alors aux manettes.
Entre autres causes, à l’origine de cette situation, pointées par le rapport juridique, de lourds investissements notamment pour la construction du Studio 2M, l’acquisition de matériel, autocar, régie, extension du siège… Ou encore des investissements consentis dans «des actions hâtives et coûteuses» notamment pour intégrer les free-lances, alors que l’entreprise connaît de grosses difficultés financières. La conversion des free-lances, 149 au total, en permanents décidée le 30 avril 2006 par Lahrichi, s’est soldé par une augmentation de la masse salariale de 1,4 million de DH, charges sociales comprises. Qui décide de tous ces investissements, «de surcroît, non rentabilisés» pour une entreprise publique comme 2M dont le conseil d’administration est présidé par le ministre de la Communication de l\'époque? En tout cas, le résultat net de l’entreprise hors subvention, bien qu’en évolution, est resté négatif sur toute la période auditée. Il passe de -106.821 en 2003 à -78.642 DH en 2008. Le chiffre d’affaires, lui, enregistre une croissance de 104%.
Entre autres explications fournies par Benali et le ministre de la Communication (Nabil Benabdellah à l’époque) , à la Cour des comptes: la baisse de la subvention. Elle est passée de 113 millions à 80 millions de DH en 2006 et 2007. Puis sa suppression en 2008 qui a impacté négativement les résultats et l’autonomie financière de l’entreprise. Ce qui se traduit par un manque à gagner de 239 millions de DH sur ces 3 années.
Pour ne rien arranger, le cahier des charges (2006-2008) impose à la chaîne une plus importante place à la fiction nationale dans sa programmation. Donc à financer la majorité des sociétés de production locale qui ne disposent pas d’assise financière solide.
La Cour des comptes reproche au conseil d’administration de 2M de ne pas assurer convenablement son rôle de suivi et de contrôle des actions menées par la direction générale. Ceci, d’autant plus que l’ex-directeur général de 2M, en l’occurrence Benali, «a fixé lui-même son salaire, à l’identique de ce qui a été le cas pour son prédécesseur», Saïl, qui «a procédé de la même manière pour la fixation de son salaire». Aucun contrat de travail ou document précisant le montant de la rémunération du patron de 2M n’existerait. Sept mois, le 16 avril 2004, après sa nomination le 10 septembre 2003, Benali n’ayant toujours pas reçu de salaire recourt à l’instar de tous les anciens DG de la chaîne en une reconduction de la rémunération de son prédécesseur, Saïl, sur la base d’un salaire de base de 130.000 DH mensuel. Le rapport de la Cour évalue sa rémunération moyenne mensuelle à 300.000 DH. Un flou artistique que même le PV du conseil d’administration du 6 septembre 2006 présidé par Fayçal Lahrichi, PDG du pôle audiovisuel national, laisse entier. Pourtant, il a adopté, à l’unanimité, la création d’un comité des traitements et rémunérations, formé de trois administrateurs: Mohamed Ayad (ministère de la Communication), Mustapha Kassi et Mohamed Samir Tazi (ministère des Finances).
Revenant sur les subventions dédiées à la coproduction, le rapport souligne que «la majorité des programmes ont été produits ou coproduits par la Soread en l’absence d’études de marché et de faisabilité». Pire, «la Soread ne procède pas à la perception de ses droits sur les recettes générées par les coproductions qu’elle finance». Il pointe du doigt 8 longs métrages, coproduits à concurrence de 17,18 millions de DH de 2006 à 2008. Un fait troublant. Les deux plus grosses subventions parmi ces films, en l’occurrence Aïcha Kandicha et Number One, respectivement 1,5 million et 1,2 million de DH ont reçu également des subventions de la TVM.
Par ailleurs, un certain nombre de programmes produits par la chaîne dégage, selon la Cour des comptes, des déficits importants. C’est le cas des trois émissions phares: Studio 2M (édition 2007), Lamassate (édition 2008) et Challenger (édition 2008). «Le déficit a atteint près de 10 millions de DH». La faute à la mission de service public dont est investie 2M. La chaîne est «contrainte de produire des programmes qui ne sont pas forcément rentables eu égard aux obligations de son cahier des charges» qui exige des programmes de proximité. L’émission Challenger a été conçu pour encourager l’entrepreneurship… en conformité avec les orientations de développement du Maroc. Ou encore Studio2M dont «l’objectif est de favoriser l’émergence de jeunes talents mais également de véhiculer des modèles de réussite positive et anti-obscurantiste»
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