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Point de vue de l’écrivain : HAÏTI, PALESTINE DES CARAÏBES
«Il faut vite jumeler Port-au-Prince et Gaza»


Ces deux petits peuples-confettis sont broyés, l’un par la haine des hommes, l’autre par la colère d’une nature injuste.
Ils sont aussi tous deux ghéttoïsés pour trop aimer leur drapeau. Nationalistes jusqu’au plus profond d’eux-mêmes, ils sont frères d’un sang pur, ils partagent cet honneur d’être que certains veulent ou ont voulu leur voler. Ils se sont enfin battus pour leur liberté « chérie » que d’aucun ont voulu ou continuent à vouloir leur refuser. Mêmes combats contre la terre entière, mêmes fiertés, mêmes volontés farouches d’exister contre tous ceux qui leur refusent le droit le plus fondamental, celui de vivre.
Indépendance. Minuscule lambeau de terre sur l’Atlantique, des occupants indignes et européens ont débarrassé cette terre des populations amérindiennes natives afin de développer des plantations lucratives par des arrivées massives d’esclaves africains. Ces colons plombés de suffisance appliquèrent sans état d’âme une ordonnance de Louis XIV, l’odieux « Code Noir » dans toutes les Antilles. L’esclavage le plus féroce s’installe jusqu’en 1848, c’est-à-dire hier. Des hommes et des femmes étaient ainsi dépouillés de toute identité, l’africain devenait « nègre », son nom disparaissait, on l’habillait de peu de chose, on changeait sa langue et il était le plus souvent marqué au fer rouge et soumis à des travaux difficiles. Tous ces colons très royalistes se regroupaient à Paris, se vendaient à la cause anglaise et profitaient largement des dividendes que la sueur d’un peuple leur octroyait grassement. On trouve là, dans la présence de l’ancienne puissance coloniale à la fois l’explication de la misère d’un peuple et sa solution, l’Indépendance.
Haïti est trop souvent dénigré et présenté comme un pays de violence, très pauvre. On le serait à moins. On parle peu de leur lutte farouche et obstinée pour cette belle liberté acquise au prix de tant de sang en 1804 contre les armées françaises de Napoléon. Il était mieux vu à l’époque de dissimuler cette première grande défaite du minuscule Caporal négrier et massacreur de toute une nation à commencer par la sienne. Il ne fallait pas ternir l’image d’une France tellement fière et surtout éviter que le virus de l’identité nationale ne se propage aux autres colonies. Alors tout simplement on fit l’amalgame entre sauvagerie et violence haïtienne en se gardant bien de souligner les efforts des hommes et les magnifiques combats d’une poignée de « nég’marrons » pour les Droits de l’Homme dont on commençait à se gargariser en Europe. La révolution haïtienne a conduit à l’inacceptable aux yeux de l’Occident, un peuple s’affranchit. Le trio France- Angleterre-Etats-Unis a tout tenté pour éliminer de l’histoire cette nation de « marrons francophones » et le pire c’est qu’ils ont réussi au delà de toutes espérances. Les pressions économiques furent terribles, on sacrifia toutes les forêts pour commercer le bois, les américains occupèrent le territoire pendant toute la moitié du XX° siècle et une Nation va alors se construire contre le reste du monde à la force de ses pauvres forces. Haïti n’est pas maudite comme on aimerait nous le faire croire, elle ne fait que payer les fautes commises par nos ancêtres. . L’ancienne colonie devient alors le premier Etat noir des Temps modernes et le deuxième Etat indépendant des
Amériques. Et ce ne sera qu’en 1825 que la France et quelques autres pays « civilisés » vont reconnaître « La Perle des Antilles » comme indépendante. Mais il y aura un prix à payer !
La Dette Odieuse. Charles X signe enfin l’indépendance d’Haïti le 11 juillet 1825 ; en échange d’une indemnité de 150 millions de francs or et le peuple va se saigner pour payer cette saleté jusqu’en 1888. En valeur constante on frôle avec effroi les 21 milliards de dollars et la découpe des arbres, monnaie d’échange horrible, ruinera le pays et provoquera des ravages inhumains à chaque cataclysme. Voilà l’une des vérités, et il y en a tant d’autres. Il s’agit là d’un véritable acte de piraterie internationale et délibéré. La révolution haïtienne est infiniment plus radicale que les révolutions françaises et américaines confondues.
Cette formidable leçon de liberté que les européens ne comprendront jamais explique une fois pour toute au monde entier qu’il n’y a pas de sous peuple, qu’il n’y en aura jamais plus.
Que de similitudes avec notre petite Palestine soumise, aplatie par les mêmes puissances et cette terre des Gonaïves. Des hommes écrasent d’autres hommes en les réduisant à la plus insignifiante et humiliante condition. Mais c’est sans compter avec les volonté de vie, avec les ressources de cœur de ceux qui ont toujours gardé au fond de leur poche la clé de leurs maisons pour les palestiniens ou la mémoire vive de ces « marrons » qui ont donné à chacun la force de vivre haut et fort à la face du monde. L’exilé Duvalier a même promis de reverser les 800 millions de la fondation de sa mère, « Mamy Cocotte » comme on l’appelait à Leogane, aux sinistrés haïtiens. Mais en dispose-t-il vraiment !
Le geste est noble, prenons en acte pour ce qu’il vaut, sans plus.
Une image me perce le cœur, quelques palestiniens au nom d’un peuple aussi torturé et douloureux que les haïtiens a réuni quelques pauvres denrées, un bouquet de fleurs et les a offerts de toute son âme à leurs frères emmurés eux aussi, la bas dans les Caraïbes.
Il faut vite jumeler Port-au-Prince et Gaza.

Point de vue de l’écrivain
YOUSSEF CHEMS




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