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| CINEMA: «Fissures» de HICHAM AYOUCH un film rebelle et anticonformiste |
Parmi les 15 longs métrages mis en compétition au Festival national du film de Tanger, nous avons sélectionné, pour en parler, « Fissures » de Hicham Ayouch, projeté dans l’après-midi de mercredi dans la salle du cinéma Roxy.
Pourquoi « Fissures » ? D’abord c’est une manière de rester dans la ville du Détroit qui a servi de cadre pour le tournage, et ensuite parce que l’un des personnages principaux est tangérois : Abdeslam Bounouacha qui n’est pas le seul dans sa famille à percer dans le cinéma, son fils Adam, aussi ayant tenté l’expérience avec succès.
« Fissures » est un film rebelle qui échappe aux règles du cinéma classique. Tirant à la fois de l’expérimental et de la narration, ce second long métrage du jeune Hicham Ayouch, est anticonformiste du cinéma et n’obéit à aucune loi traditionnelle : pas de scénario préconçu et châtié ; pas de maquillage et pas de ciseaux pour amputer les séquences osées. C’est du pur cru dans les images et dans le scénario où la liberté d’improvisation est laissée aux personnages tout au long du film dont le tournage n’a duré que deux semaines, ce qui nécessite une bonne dose de talent.
« Il n’y a pas vraiment d’histoire dans Fissures, car c’est un film sans scénario. Nous avons voulu faire quelque chose de différent sur le plan cinématographique, explorer, tenter...C’est un cinéma très libre. J’ai donc enlevé tout ce qui a trait au cinéma classique: scénario, maquillage, costumes...On a tourné de manière documentaire avec une petite caméra seulement et une perche. Du coup, on a un film qui oscille entre fiction et documentaire », explique Hicham Ayouch ajoutant : « On s’est réuni pendant deux jours pour préparer le tournage. Puis, au troisième jour, on a commencé le tournage et chaque jour on se voyait dès le matin en se disant “tiens, qu’est-ce qu’on peut faire? Qu’est-ce que l’on a envie de filmer aujourd’hui comme scène?; et on échangeait des idées, les acteurs et moi. En fait, les acteurs vivaient avec leurs personnages qui porte le même nom qu’eux d’ailleurs, et témoignaient de ce qu’ils ressentaient afin de faire évoluer l’histoire, le personnage. On mélangeait les vraies scènes de vie de Tanger - par exemple, j’ai fait entrer les acteurs dans un vrai mariage - avec la vie des personnages. En fait, on vivait le film, c’était une expérience très intense pour nous tous. Je crois d’ailleurs qu’on a tous pleuré. C’était une véritable catharsis pour nous. On vivait le film, on était le film », affirme le jeune réalisateur.
Il n’y a non plus aucun interdit dans «Fissures» dont les personnages ont été forgés et façonnés en un court laps de temps dans l’imagination du réalisateur : un jour, Abdeslam, la soixantaine, sort de prison et retrouve son meilleur ami Noureddine, un architecte alcoolique, qui vient le chercher. Les deux hommes passent la nuit ensemble à fêter la liberté recouvrée. Mais leur amitié est menacée quand débarque dans leur vie l’étrange Marcela, une brésilienne fantasque et excessive. Abdeslam tombe amoureux de Marcela. Leur relation à peine commencée, Noureddine tombe également amoureux d’elle. Ils se retrouvent donc tous les trois dans ce que Ayouch appelle «un triangle d’amour ».
De l’amour ? Il y en a à profusion ; la passion, l’alcool, la drogue, des bagarres également, mais aussi des scènes de sexe extrêmement crues.
La caméra de Hicham Ayouch n’a pas épargné, non plus, la ville de Tanger, en dévoilant un paysage négatif où l’on a mis en évidence la délinquance, l’aliénation, les sniffeurs de colle ou fumeurs de haschich et les candidats à l’émigration clandestine, entre autres aspects marginalisants.
Un véritable choc pour certains spectateurs qui, mal à l’aise, ont quitté la salle de projection. D’autres, par contre, ont apprécié ce nouveau et courageux style de cinéma qui n’épargne certes pas le spectateur, mais qu’ils estiment comme un reflet de la vie sans maquillage et sans hypocrisie.
Si les acteurs, dans leur quasi-totalité, se sont imprégnés de leur rôle et l’ont tenu avec succès, côtoyant parfois un rouge balisage, on imagine la dure tâche technique et psychologique à laquelle ils se sont confrontés, notamment que certains étaient à leur première expérience dans le 7ème art et qui s’en ont pourtant bien tirés.
Au bout du compte « Fissures » révèle, au public tangérois un jeune réalisateur, Hicham Ayouch, frère de cet autre grand cinéaste Nabil Ayouch, qui n’a pas été tendre pour une ville à vocation touristique.
Journaliste de formation, Hicham Ayouch a réalisé de nombreux films institutionnels et publicitaires. En 2004, il se lance dans l’écriture du scénario de « Samba do Maazouz ». Il réalise en 2005 son premier court métrage « Bombllywood ». Il enchaîne avec un documentaire « Les Reines du Roi » (2006), traitant du statut de la femme au Maroc, avant de signer son premier long métrage de fiction, « Les Arêtes du cœur » puis « Poussières d’ange » (documentaire), en 2007. « Fissures » est son deuxième long métrage de fiction (2008).
M. ABOUABDILLAH
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