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RETROSPECTIVE HISTORIQUE: Tanger entre le passé et le présent
Tanger fut de tout temps un espace ayant exercé une attraction extraordinaire sur des hommes qui voulurent se l’approprier. Sa valeur stratégique ne s’est jamais démentie, loin s’en faut. Hier, comme aujourd’hui, Tanger ne laisse personne indifférent, son attractivité est intacte. Les Marocains savent que cet espace géographique regorgeant de réminiscences historiques et mythologiques, n’est plus seulement un portail de leur pays ouvert sur des peuples de cultures et de civilisations différentes, mais aussi et surtout un lieu symbolique privilégié de leur existence souveraine.


Aux débuts lointains de la création de Tanger…

Mythique, fascinante voire paradisiaque, les attributs laudatifs tarissent très vite devant l’émerveillement - si ce n’est pas l’envoûtement - qu’ont éprouvé tant de gens, de tous genres et de toutes époques, ayant habité ou visité cette ville impitoyablement tiraillée entre histoire et mythologie : Tanger ! Cependant, l’évidence nous apprend que chaque médaille a son revers. Et c’est ainsi que Tanger fut sans ménagement affublée de tous les qualificatifs dégradants et orduriers. Ces positions extrêmes sont l’expression manifeste d’un aveuglement certain et par conséquent loin de toute crédibilité. Tanger est avant tout un lieu d’histoire et de mémoire. Comme partout ailleurs, le facteur humain y est primordial. Objectivement sa réalité historique n’a jamais été ou toute rose ou toute noire mais plutôt nuancée.
Bien qu’aucune source sérieuse ne soit aujourd’hui en mesure de nous indiquer la date exacte de la création de Tanger, il existe néanmoins beaucoup d’éléments concordants qui la font remonter aux premières marches de l’Histoire marocaine: Des tribus autochtones se seraient établies dans cet espace tangérois stratégique depuis les tout débuts de la circulation des humains dans cette région. En y élisant domicile, ces tribus lui ont donné un nom qui, après moult déformations linguistiques, continue malgré tout jusqu’à l’heure actuelle de garder ses racines amazigh. Ni phénicienne, ni carthaginoise, ni grecque, ni romaine, Tanger est une création autochtone qui remonte à la nuit des temps. Ceux qui prétendent le contraire sont soit victimes d’un goût prononcé pour une polémique gratuite et stérile, soit sous l’influence de quelques écrits coloniaux bien malintentionnés.
Ce qui en dit long sur la nécessité impérieuse de l’appropriation par les Marocains de leur propre Histoire…

Tanger durant les deux derniers millénaires: schéma historique

L’Histoire – et non la mythologie – de Tanger durant ces deux derniers millénaires peut être schématisée chronologiquement comme suit :
• De l’an 40 à l’an 429, Tanger fut sous l’occupation romaine directe ;
• De l’an 429 à l’an 571, Tanger fut sous l’influence vandale ;
• De l’an 571 à l’an 621, Tanger fut rattachée à l’Empire byzantin ;
• De l’an 621 à l’an 707, Tanger fut sous le pouvoir des Visigoths ;
• De l’an 707 à l’an 1471, Tanger fut sous l’autorité des Marocains musulmans ;
• De 1471 à 1684, Tanger fut successivement occupée par des Portugais, des Espagnols et des Anglais jusqu’à sa libération par Moulay Ismaël ;
• De 1684 à 1912, Tanger fut sous l’autorité légitime marocaine;
• De 1912 à 1956, Tanger tomba sous la domination coloniale européenne.
En somme sur les deux mille ans précédents, Tanger n’a été indépendante que pendant à peu près la moitié de cette période historique ! Bien que les dates indiquant le contrôle de la ville par des puissances étrangères jusqu’à l’avènement de l’Islam, soient des dates plus ou moins approximatives, à cause notamment du manque d’un corpus historique solide et varié, la marge d’erreur demeure tout à fait relative et ne remet pas en cause la chronologie des événements. Des efforts gigantesques restent donc à faire en matière de recherche historique pour lever toutes les ambiguïtés et les incorrections inhérentes à l’insuffisance documentaire spécifique à chacune des époques à étudier. La même remarque peut être globalement appliquée à toute la période allant du VIIIe au XIXe siècle.

Tanger à l’époque du Statut international

Entre 1912 et 1956, Tanger subit du point de vue souveraineté le même sort que tout le pays. Elle tomba sous le coup de l’occupation. Tanger était en effet sous domination étrangère multicéphale bien qu’elle donnât à certains l’impression d’avoir été un «havre de paix, de tolérance, de convivialité, de prospérité et même – comble de myopie- de démocratie !... »
Dans les arrangements et les accords coloniaux d’avant 1912, Tanger, sous la forte et persistante pression anglaise, figurait toujours comme un espace devant avoir un statut à part. En fait, le statut de Tanger était une solution d’un problème résiduel généré par les calculs stratégiques du partage du Maroc entre puissances coloniales rivales.
A cause des événements de la Première Guerre mondiale, le Statut de Tanger fut retardé. Ce n’est qu’en 1923 qu’il a vu le jour (suite à une convention signée à Paris le 18 décembre 1923 entre l’Angleterre, la France et l’Espagne). Son entrée en vigueur date du début de juin 1925.
Tanger fut alors érigée en un espace international d’une superficie d’environ 275 km2 où l’élément étranger, principalement européen, menait une vie de seigneur des lieux, et où l’élément marocain était acculé à ramasser des miettes… Sur le plan politique, il y avait bien un Mendoub du Sultan mais il était, lui aussi, « sous Protectorat ». Autrement dit, les Marocains étaient là pour servir leurs « maîtres »…
Sur la base de ce Statut, quelques institutions furent mises en place pour gérer et contrôler les affaires de la zone internationale de Tanger: l’Assemblée Législative, le Tribunal Mixte, l’Administration Internationale et la Commission de Contrôle. L’écrasante majorité des membres siégeant à l’Assemblée Législative était constituée par des représentants de la minorité des communautés étrangères, alors que les Marocains musulmans et les Juifs marocains constituaient la majorité de la population de la zone. De toute façon, l’élément autochtone n’y jouait qu’un rôle de figurant !
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, plus précisément entre juin 1940 et septembre 1945, l’Espagne élargit ses possessions du Nord du Maroc en y ajoutant Tanger. Les soldats de Franco occupèrent ainsi la ville et sa zone. Après la victoire des Alliés, le Statut de la zone fut rétabli et les Etats-Unis d’Amérique y adhérèrent mais pas l’URSS.
Entre temps, le mouvement nationaliste marocain prit de la vigueur et c’est à Tanger qu’il allait trouver tous les ressorts de son élan stratégique : l’Indépendance du pays n’était plus seulement sur toutes les langues mais aussi dans tous les esprits et dans tous les cœurs de tous les Marocains du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest de la Patrie. L’Indépendance et son corollaire l’intégrité territoriale étaient justement les deux axes stratégiques de la visite historique du Sultan Mohammed V à Tanger le 9 avril 1947. C’est cette Visite qui sonna le glas à la présence coloniale sur terre marocaine et donna par la même occasion un coup de fouet décisif à la marche de tout le pays vers l’Indépendance.
Depuis lors, Tanger demeura pour tous les Marocains comme l’un des hauts lieux qui symbolisent la souveraineté marocaine. L’expression bien connue « le Maroc de Tanger à Lagouira » résume à elle seule ce sentiment-programme d’une appartenance citoyenne faisant fi de toutes les vicissitudes de l’Histoire…


par Tayeb BOUTBOUQALT
Enseignant chercheur à l’Université Abdelmalek Essaadi
Ecole Supérieure Roi Fahd de Traduction – Tanger



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