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LE TEMPS De Tanger
Le Journal de Tanger a créé l’Evènement, dans une ville qui semble avoir retrouvé, l’espace d’une commémoration, le bonheur de ses années de gloire, le salut d’un passé figé dans son histoire, la félicité de retrouvailles inattendues, auxquelles personne n’osait plus croire ! Pourtant !!

Pourtant, il y a, encore, des Tangérois qui y croient, qui invoquent le passé de cette ville, l’interrogent, l’interpellent comme pour se ressourcer de l’antique orgueil d’un Eden où la félicité était de rigueur, où les mœurs ‘’globalisées’’ n’avaient pas cours et où l’humain l’emportait sur toute autre chose. C’était Tanger d’Autrefois !
Les gens de Tanger, toutes origines confondues avaient, pourtant, une essence commune : leur ascendance mythologique. Antée, témoigne, depuis la colline de Charf, du passé divin de Tanger. Hercule, le téméraire avait élu Tanger, pour des exploits exceptionnels qui allaient ‘’bouleverser’’ l’harmonie physique de la terre. D’un coup de colère, il sépara, depuis ses Grottes d’Ashaqar, deux continents que les humains n’ont point réussi à recoller, depuis, fut-ce même en s’alliant les techniques les plus avancées des temps passés et modernes.
Et, par un effort pénible d’imagination, je revois encore le fameux Souq Ed-Dakhel (Petit Sokko pour les latino-latins), plaque tournante (et incontournable) d’une place restée longtemps, dans l’imaginaire Tanger, comme le nerf névralgique des activités commerciales de cette ville. Le Café Central était bien le centre vital et dynamique de l’activité sociale, offrant une symphonie aurorale de lumières, de couleurs et d’exotisme. Le Café Central – qui ne peut être évoqué sans invoquer la figure d’un grand Tangérois, l’éternel Alem, Sidi Sadeq El-Ftouh, Dieu ait son âme, était le lieu de prédilection des habitants originaires de plus de cinquante communautés différentes, d’Afrique, d’Europe, d’Amérique et d’Asie, qui coexistaient, en parfaite harmonie, dans cette ville, autrefois, havre de paix, de sécurité et de tolérance.
Je revois encore la rue des Siaghine, artère cosmopolite par excellence où musulmans, juifs, chrétiens, indous et autres, commerçaient dans une ambiance sereine et décontractée, utilisant leurs idiomes propres et gesticulant aux manières spécifiques de leurs communautés respectives. La Kasbah, Dar El Mekhzen, Bab El ‘Assa, Les remparts de Moulay Ismaïl, Bab El Bahr, Amrah, Dar Al-Baroud, Wad Ahardane, autant de symboles de Tanger que le laisser-aller ‘’coupable’’, à la fois des autorités et des élus, -si jamais il y en avaient quelques uns!- a fini par vider de sa haute signification historique, emblématique, une médina qui a affronté, à travers les âges et avec un rare courage et une détermination farouche, tant d’envahisseurs et de conquérants, venus des quatre coins du monde, mais qui a fini par céder, sous l’œil ‘’impitoyable’’ des uns et des autres.
Et puis, ce fut l’EXPO !!! et tout ce monde de ‘’dormeurs convaincus’’ ces ‘’Ahl Al-Kahf, (les gens de la grotte), ces adeptes indolents du ‘‘moindre effort’’, de donner l’impression de se réveiller en sursaut, comme par enchantement, cherchant à récupérer des places et quartiers longtemps abandonnés au gré de la dégradation et du délabrement, et ce, par des procédés stériles de replâtrage dont l’inefficacité a bien été prouvée, ailleurs.
Merci donc au Journal de Tanger qui a fêté, samedi dernier, son premier centenaire ! Merci, aussi, à son dynamique directeur, le Tangérois de bonne souche, Si Abdelhaq Bakhat qui a su créer l’Evènement, en donnant à cette commémoration symbolique, une dimension nationale, voire internationale, puisqu’il a réussi à réunir à Tanger, une pléiade d’intellectuels, d’écrivains, de penseurs, d’hommes politiques, d’académiciens, de journalistes, d’artistes, de toutes les tendances, de toutes les croyances. Je ne pourrai rappeler, ici, les moments solennels de cette commémoration, mes collègues du journal rendront compte, sans doute des faits marquants de la fête, mais je sais que le faste y était de rigueur et je suis convaincu que Si Bakhat fera, encore mieux, au prochain centenaire.
AZIZ GUENNOUNI




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